vendredi 8 décembre 2017

La parole est aux expats ! Stelios, un grec à Paris

1. La France, un hasard ou un souhait ?
Je vivais à Santorin en Grèce, et je suis tombé amoureux d’une française qui était en vacances. Je me suis rendu compte que je pourrais difficilement vivre sans elle, et que j’allais passer à côté d’un moment important de ma vie. C’était bien sûr réciproque. Comme c’était la crise (ça l’est toujours) en Grèce, elle ne pouvait pas venir vivre là-bas, j’ai donc décidé de venir la rejoindre en France, au bout d’un mois. Cela fait bientôt 7 ans que ça dure !

2. Séduit par la France, déçu, agacé ?
Je pensais que la vie serait plus facile et plus agréable, notamment pour trouver du travail, mais je me suis heurté à l’administration française (qui est presque aussi pire que celle de la Grèce). Je me suis également heurté à la difficulté de la langue, qui est une véritable barrière, les français sont assez chauvins de leur langue, et ceux qui parlent anglais se comptent sur les doigts de la main. J’ai beaucoup de difficulté à apprendre le français, qui est obligatoire pour travailler (ce qui n’est pas le cas en Grèce)
Je suis admiratif de la culture en France, vous avez une très grande histoire que vous mettez en valeur, j’adore découvrir de nouveaux lieux, j’adore regarder la tour Eiffel scintiller, le Louvre, Versailles, les châteaux de la Loire et tous les petits villages médiévaux.


3. Elle te manque, la Grèce ?
Ce qui me manque le plus ce sont mes enfants. Je pensais qu’en vivant en dehors de mon pays, j’allais pouvoir les aider et leur proposer une meilleure vie. Heureusement les nouvelles technologies me permettent de communiquer avec eux pratiquement tous les jours.
La mer me manque beaucoup également. En Grèce, pas besoin de faire des centaines de kilomètres, d’autant qu’ici elle est froide, pas transparente et il y a beaucoup trop de vagues à mon goût. Les bars de plage, les tavernes et les activités nocturnes sont les premières choses que je fonce faire quand je retourne dans mon pays.

4. Vrai parisien ou Grec émigré ?

Pour le moment je me sens toujours grec, je pense qu’on doit se sentir intégré au bout de 30 ou 40 ans de vie dans un même lieu. Mais je connais mieux les lignes du métro parisien que ma chérie, et ça c’est une fierté pour moi.

5. Ton installation en France, définitive ou transitoire ?

Avec ma chérie, nous avons le projet d’aller vivre quelque part en Grèce. Nous cherchons le moyen de pouvoir y vivre correctement. Nous pensons que d’ici une dizaine d’années, nous vivrons là-bas, du moins nous l’espérons fortement.

6. Si ça n’avait pas été la France… ?
Je savais que je ne voulais pas rester en Grèce, car je voulais trouver une meilleure vie pour ma famille. Peut-être serais-je parti vivre à Amsterdam qui me semble plus accessible. Ma chance a été de trouver le grand Amour, celui de ma vie, et de faire au mieux pour ma famille.

Vous pouvez retrouver les voyages de Stelios et Hilona sur leur blog : 

mardi 28 novembre 2017

Quand les blogs de voyage réécrivent (mal) le monde

A force de lire des dizaines de blogs de voyage, d'observer les commentaires et les réactions qu'ils suscitent, on finit par avoir un panorama assez vaste et quasi exhaustif de ce microcosme virtuel. On peut alors tracer les grandes lignes de ce phénomène très bavard et en tirer des conclusions sociologiques. Les blogs de voyage drainent tellement d'utilisateurs et de lecteurs qu'on peut dire qu'ils sont à l'origine de tendances, de modes, de façons de penser. Pratiquement, ils sont en passe de créer un moule. Et c'est pas cool.

Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est purement fortuite. Si vous vous reconnaissez malgré tout, merci d'adopter autant que faire se peut une lecture distanciée et d'éviter, dans la mesure du possible, les commentaires hargneux. Ceci est un jeu. 

C'était mieux avant
Je ne m'en cache pas, je le pense. Et je ne suis pas la seule à le penser. A certaines exceptions près, les blogs de voyage étaient mieux avant. Quand tout a commencé, les gens étaient peu nombreux et avaient des choses à raconter. On n'amassait pas les destinations comme des allumettes pour bâtir la Tour Eiffel la plus rutilante. On n'énonçait pas le nombre de pays "faits" comme des trophées de chasse. D'ailleurs, on ne "faisait" pas une ville ou une région. On y allait et, en toute humilité, on regardait. Et puis on en parlait avec une jolie plume, on se documentait, on bouffait de l'histoire, de la géographie, de la religion et des coutumes en veux-tu en voilà. Bref, les blogs de voyage, c'était déjà du journalisme. Ensuite, les participants à la fête se sont multipliés et c'est devenu l'embouteillage. Comme disait l'autre, "le trop comme le peu gâte le jeu". On ne s'est plus soucié de se documenter ou d'avoir une belle plume, juste, on a parlé parce que tout le monde parlait, on a écrit parce que tout le monde écrivait. L'orthographe et la syntaxe ni ont pas survécu. Aujourd'hui, les blogs de voyage (excepté certains mais qui sont malheureusement noyés dans la masse) se sont uniformisés. De là, de grandes tendances se sont dessinées. 

Le nomadisme
Dans les temps anciens, l'homme était nomade pour "assurer sa subsistance" dit le dictionnaire : pour survivre, par obligation. Aujourd'hui, le nomadisme obéit surtout à un mouvement de rejet d'une société dans laquelle on ne se "reconnaît" pas. Et ce rejet de la société est teinté d'élitisme, transpire l'égocentrisme. Moi, le backpaker au sac-à-dos comme une excroissance de moi-même, je ne suis pas comme vous alors je pars. Ce faisant, je veux qu'on me remarque. Alors, j'écris, je communique immensément sur ma recherche personnelle, sur la naissance de mon Moi profond à travers la planète. A l'image de ce blogueur s'insurgeant sur Twitter du peu d'intérêt que les Espagnols avaient accordé à son "projet de vie", le backpaker se pose en nouveau Messie. Pauvre Messie. Je suis celui, plus élevé que vous intellectuellement, qui a compris que les voyages formaient la jeunesse et je me forme, contrairement à vous qui vous laissez déformer par cette société. Celui qui reste immobile dans sa vie, qui ne pratique pas le déplacement introspectif (et n'est-ce pas déjà une contradiction ?) se voit culpabilisé et relégué au rang de mouton, d'ignorant. 

Le Tour du Monde
Le "must" du blogging voyage comme on dit sur la toile, c'est le tour du monde. Enchainer les pays à une vitesse effrénée (d'ailleurs, pourquoi ne pas le faire en ballon puisque le survol culturel, lui, est réel ?) avec à la clé un joli roman d'initiation à proposer à ses lecteurs. Le touriste du dimanche qui décrit son escapade du week-end en Corrèze devient alors un microbe, un pou, une incongruité. Certains en reviennent malgré tout, de cette épreuve autour de la Terre, et déplorent la fatigue, la rapidité, le survol. Personne, cependant, ne questionne l'utilité du projet, encore trop à la mode pour être discrédité. Et ce sont des familles entières qui se jettent sur les routes et nous bassinent avec leurs aventures interplanétaires avec paquets de couches, gastro du petit et photos insolites avec les autochtones. On nous apprend en dix leçons comment voyager avec un bébé, comment déscolariser ses enfants et d'autres choses essentielles à la rencontre d'autres cultures. Ah non, pardon, là n'est pas le sujet, le centre du récit étant toujours la famille, si bien qu'on a l'impression que c'est le monde qui tourne autour d'elle et non l'inverse. A souligner, l'analyse de certains parents qui, s'ils ne conçoivent plus leur vie sans le voyage (commerçants, enseignants, ouvriers sont bien évidemment exclus d'office de ce mode de fonctionnement itinérant), imaginent désormais voyager autrement. La prochaine mode ? Le slow travel. Préparez-vous. 

L'éternel retour
Sans paraphraser plus longtemps un auteur bien connu, le retour est LE sujet sur lequel les blogueurs de voyage se lâchent. Quand on a terminé son voyage, quand on n'a plus rien à raconter, on disserte sur la difficulté du retour. Non sans une pointe de suffisance, on raconte comment on ne parvient plus à entrer dans le moule de son quotidien, on a encore la tête ailleurs, on est à côté de ses pompes et on se rend compte combien on n'est pas fait pour vivre dans cette société, à ce rythme effréné, à respecter des horaires. Une sorte de débat d'enfants gâtés s'installe alors sur la toile, dans les commentaires. Pour les lecteurs, il serait éminemment plus intéressant de comprendre quels mécanismes psychologiques ont été modifiés par la rencontre avec l'Autre, avec d'autres cultures et qu'est-ce que tout cela a changé dans le fonctionnement mental du blogueur. Cependant, de culture on ne parle point. On tourne encore et encore, non plus autour du monde mais autour du nombril de l'intéressé sans jamais savoir si les tripes qui sont en-dessous se sont enrichies.

L'uniformisation
Quand on se lasse des ces élucubrations nombrilistes, on tente de scruter les destinations et ce qui en est dit. Malheureusement, on risque d'être fort déçu. Si, auparavant, lorsque la toile n'était pas si surchargée de récits de valises et d'aéroports, on pouvait encore être surpris de découvrir tel ou tel pays, à l'heure actuelle, c'est plutôt un catalogue de tendances que l'on observe, dans lequel apparaissent tour à tour les destinations à faire absolument et les lieux à éviter, le sort d'une ville ou d'une région étant souvent décidé arbitrairement. Un événement, un mètre carré de plage laide (cela existe-t-il ?), un autochtone désagréable (ne l'y a-t-on pas poussé ?) suffisent à faire pencher la balance du mauvais côté. Le téléphone arabe et l'effet de groupe aidant, on perd de manière assez impressionnante son libre arbitre pour relayer, étayer cette décision. C'est ainsi que les itinéraires se répètent, que les blogueurs vont tous aux mêmes endroits, voient les mêmes choses et, inévitablement, se sentent obligés de nous les raconter. Quand ceux-ci appuient en plus leur témoignage sur les dires de tel ou tel guide dont ils font la promotion, on peut dire qu'on atteint des sommets d'inutilité. 

La publicité
Car oui, vous n'êtes peut-être pas sans l'ignorer, mais le désir humaniste de rencontre puis de partage a du plomb dans l'aile. Sur une grande quantité de sites, on voit des blogueurs se pervertir en devenant des hommes et des femmes sandwichs faisant de la réclame pour un hôtel, une agence de voyage, un guide papier, un office de tourisme et, comble de l'adhésion à cette société de consommation que le tour du mondiste dit pourtant rejeter, se font rémunérer. On assiste à une "professionnalisation" du tourisme qui a de quoi donner la nausée aux pionniers du récit de voyage sur internet. Objectivité zéro. Rencontre avec l'autre zéro. Bref, le néant de l'intérêt intellectuel. Presque de la prostitution. Presque ? Que ne ferait-on pas pour ne pas travailler et pour vivre des seules rentes apportées par ses pérégrinations ! Pour se rendre sans payer dans de grands complexes hôteliers ! Pour vivre une vie de pacha avec les avantages sans les inconvénients ! Fini l'aventurier fauché qui ose faire la manche dans des pays en voie de développement dans le but de financer son voyage (oui, cela existe...). Le modèle a fait long feu et appartient désormais aux archétypes archaïsants. Le renouveau se situe dans le business, dans l'intérêt financier, dans la consommation. Exit l'anthropologie amateure. 

Un nouveau langage
En parallèle avec l'appauvrissement de la syntaxe et du style d'écriture en général, on assiste à un mouvement d'uniformisation des "récits" qui se basent tous sur l'emploi d'une série de mots, formant un nouveau lexique du voyage. Nous avons déjà cité le "backpaker", mais c'est aussi le cas du "blog trip", du "road trip" et autres anglicismes. Idem pour les inquantifiables occurrences des "bonnes adresses", des "followers", des top 10" et autres "itinéraires". Par ailleurs, on fait des listes, on parle budget, on conseille des restaurants et la destination disparaît complètement, étouffée sous ce pragmatisme qui n'a rien d'humaniste. Les multiples conseils pour boucler son budget, trouver un billet d'avion pas cher, se loger à moindre coût à tel ou tel endroit et manger dans des restaurants répertoriés infantilisent le lecteur à un tel degré que cela en devient offensant. Raconter une expérience, d'accord, conseiller de la reproduire, c'est agaçant. 

Le méta-blogging
Si on parle ici de cette uniformisation du langage et de la forme du blog, ce sont les blogueurs eux-mêmes qui nous y poussent, car ceux-ci palabrent plus autour de leurs articles qu'ils n'en rédigent en réalité. Twitter regorge de posts à la vacuité impressionnante qui commentent des articles à venir, insistent sur le fait que l'écriture de ceux-ci prend un temps fou (beaucoup plus, semble-t-il, que leur relecture), mentionnent d'innombrables brouillons, annoncent les prochaines publications et se vantent des quatre mille photos à trier. Parlons-en, d'ailleurs, de cette mode ultra tendance de se faire photographier de dos dans un paysage ou une ville, de préférence si l'on est une femme mince, grande et à la longue chevelure. Risible. Le méta blogging occupe tout autant l'internaute que les voyages en tant que tels.
En résumé
S'il s'agit d'un phénomène de mode, le blogging de voyage qui se dit "communauté" tourne au communautarisme. Les membres de la "blogosphère" ont tendance à former un groupe qui confine au repli plutôt qu'il n'ouvre à l'Autre. La pauvreté des sujets traités, leur peu d'approfondissement et les atteintes faites à la langue françaises sont quant à eux dus à cette immédiateté que permettent les réseaux sociaux et leur grande accessibilité. D'une littérature virtuelle, humaniste et journalistique du voyage des premiers blogs, nous sommes passés à une littérature de gare demandant peu de réflexion mais qui offre, on peut le déplorer, peu de substance. Ceux qui ont envie de lire des récits d'aventures avec de la matière, du corps, du cœur et des tripes n'ont pas fini de se désoler. 

mercredi 22 novembre 2017

Pourquoi les gens aiment Montmarte ?

Parce qu'ils aiment le Sacré Coeur 
Oui, les gens aiment ce monument moderne relativement kitsch et construit fin XIXème début XXème, sur la célèbre butte qui en avait vu d'autres, niveau célébrations religieuses : les gallo-romains sont passés par là, Saint Denis y a subi le martyr, les moniales bénédictines s'y sont installées au Moyen Âge, puis les Jésuites débarquent, etc etc, jusqu'à l'édification de ce... truc destiné à réinstaller un gros gros gros symbole de foi chrétienne après les débordements révolutionnaires de la Commune. Non mais ! Beaucoup le trouvent laid, inapproprié, comme un cheveux sur la soupe de Paris qui n'avait pas besoin d'une telle construction pour faire savoir qu'elle était belle. Pour les anarchistes dans l'âme, on a posé une sorte d'affreuse pierre tombale de l'oubli sur les cadavres des communards et ça ne passe toujours pas. Quant aux visiteurs, eux, ils aiment beaucoup la grosse meringue, à en croire la file d'attente interminable (d'un coup, j'ai compris pourquoi, en ayant vécu dix ans à Paris, je n'y suis encore jamais entrée) pour pénétrer à l'intérieur des lieux et gravir les 300 marches qui conduisent au sommet du dôme, depuis lequel on a une vue imprenable sur Paris. 




Parce qu'on a une vue imprenable sur Paris
Pas la peine de faire l'ascension de la pièce montée de pierre immaculée pour admirer le panorama, pour avoir une vision globale de la mégalopole parisienne. La Tour Eiffel, la Tour Montparnasse, la Défense, tout le monde est présent et sur son trente-et-un. Pour ceux qui regrettent quand même de ne pas être montés en haut du dôme du Sacré Coeur, le site propose une visite virtuelle : gratuite, moins fatigante et assez agréable ma foi (petit jeu de mots). Sinon, au lieu de jouer les amoureux éperdus ("regarde comme c'est beau, Paris"), on peut aussi admirer cette magnifique cape grisâtre de pollution qui, telle une chape de CO2, nous informe que nous avons de gros progrès à faire en termes de préservation de l'environnement. 
Parce que Montmartre est un village
Si on détourne un instant son nez de la pollution et son regard de la longuissime file d'attente, se balader dans les ruelles est fort plaisant. Le flot des touristes se cantonne à la célèbre place du Tertre, mais il est intéressant de se perdre dans les rues adjacentes et de croiser les vignes du Clos Montmartre, lesquelles font écho à une tradition millénaire et même plus, datant en fait de l'époque gallo-romaine. La première fête des vendanges de ces vignes replantées au début du XXème siècle a lieu en 1934. Aujourd'hui, c'est le Comité des Fêtes du XVIIIème arrondissement qui s'occupe de la gestion du lieu et les vignes sont fermées au public afin de les préserver et d'essayer de conserver cette authenticité villageoise au cœur de Paris qui font leur originalité. Enfin, authenticité, mais énorme médiatisation, puisque les vendanges annuelles se font à grands renforts de personnalités et d'artistes qui viennent y pavaner. Allez, avouons : il doit y avoir une sacrée ambiance (nouveau jeu de mots) à la fête des vendanges de Montmartre ! 



Parce que Montmartre c'est la bohème 
Renoir y demeura, Picasso y eut un atelier, Cézanne prit Montmartre pour modèle et le représenta dans ses tableaux : le quartier respire l'art. D'autres saltimbanques semi-fauchés vinrent trainer leurs guêtres dans les cabarets du coin : Rimbaud, et puis Piaf, et puis Brassens, et puis Prévert. Une sorte d'aimant à artistes, un rassemblement de tendances artistiques, le creuset de la bohème, ce mouvement artistique du XIXème qui prônait une certaine idée de la vie dans la pauvreté et dans l'opposition aux valeurs bourgeoises. De bohème, il paraît que Montmartre est aujourd'hui passé à "bobo", les loyers semblant avoir augmenté. Tout ce qu'il reste d' "art", ce sont les multiples mendiants aux pinceaux qui vous harcèlent pour vous tirer le portrait. Une sorte d'image d'Epinal pour les touristes, dont certains se laissent prendre au jeu, et un agacement permanent pour les habitants de Paris qui, en fait, ne viennent pas trop à Montmartre je crois. 

Parce qu'ils ne voient pas ce qu'il y a autour 
Qu'y a-t-il autour de Montmartre que les touristes ne voient pas ? Dès qu'on sort du quartier, on retombe dans la réalité du XVIIIème arrondissement : des immeubles en état de délabrement, des tags, des chambres de bonnes au septième étage sans ascenseur et sans sanitaires, le métro Château-Rouge où des échanges de drôles de produits illicites ont lieu entre des gens au faciès patibulaire, Barbès, ce quartier de Paris qui fait voyager aux quatre coins du monde et qui respire la misère, et plus haut la porte de Clignancourt et son boulevard sur lequel, parfois, tard le soir, on trouve un corps allongé sur la chaussée dans un élégant sac de plastique blanc, résultat d'une légère fusillade toute fraîchement survenue. Le seul truc que moi j'adore dans le coin, c'est le Marché Saint Pierre. Le royaume du tissu. La caverne d'Ali Baba de la soie et du coton. L'endroit où on croise des belles dames et des ménagères en savates. 

vendredi 17 novembre 2017

Le (dernier ?) des Mohicans

Grande fresque. Grande fresque misogyne et raciste, mais grande fresque quand même. Tirée d'une histoire vraie. Je suis allée ouvrir ce livre parce que je l'ai récupéré dans l'édition Folio Junior et, en bon cobaye, je voulais tester si cette lecture était vraiment "junior". Alors pour des enfants de 10 ans, je vous le dis tout de suite, c'est non ! Beaucoup de sang, de batailles, de massacres et de scalps, des tournures de phrases ampoulées et une situation géopolitique tellement complexe qu'elle en devient totalement floue. En revanche, le roman est à garder, pour plus tard, pour le relire quand on a grandi, voire quand on est adulte et qu'on s'intéresse à l'histoire de l'Amérique et aux différents points de vue qui nous sont offerts. Ici, le point de vue est clair : européo-centriste et basé sur le postulat de départ selon lequel le blanc est supérieur à toutes les autres "races". Donc raciste.

Resituons. L'histoire se passe en 1757, au moment où les Français et les Anglais se disputent des territoires situés sur ce qui est aujourd'hui la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Chaque camp a cherché à faire alliance avec différentes tribus indiennes, semant une zizanie sans pareil entre elles et les montant les unes contre les autres. Diviser pour mieux régner. Au terme du roman, on a une idée assez claire du rôle des blancs dans l'implosion des sociétés indigènes. Chose à garder en mémoire, c'est la date de publication du libre de Fenimore Cooper : 1828. Finalement, nous ne sommes historiquement pas si éloignés que cela des événements relatés. Les blessures sont encore profondes. Quand on sait que les revendications indigènes contemporaines aux Etats-Unis sont encore réprimées, on comprend mieux qu'au début du XIXème les mentalités en soient encore là. Les indiens sont dépeints comme des barbares, assoiffés de sang, incontrôlables, pas vraiment fiables et pour la plupart incapables d'aligner plus de deux phrases, "Ugh !" étant l'essentiel de leur vocabulaire. J'exagère. Pour certains, au contraire, ce qui sort de leur bouche est digne des enseignements obscurs d'un mystique religieux incompris. Grotesque. Ajoutez à cela une propension au prosélytisme chrétien et vous obtenez une jolie fresque bien orientée. Les femmes (blanches, les squaws n'existent même pas et leurs enfants sont comparés à des animaux, encore moins intéressants que le petit peuple des castors) en prennent aussi pour leur grade. Les deux héroïnes sont les filles du Colonel Monro (qui a vraiment existé) et elles se mettent en tête de rejoindre leur père dans le Fort William Henry, surveillé de près par les Français de Montcalm (autre personnage historique). Les pauvres filles sont comparées à des enfants sans défenses, empêtrées dans leurs robes et leurs foulards, pleurnichant sans cesse, incapables de marcher avec leurs petits pieds délicats dans leurs petites chaussures (le fait est que ça ne devait pas être une tenue très adaptée), s'évanouissant pour un rien et poussant des cris de stupeur et des gémissements lamentables. Pauvres chéries ! Pourtant, si on repense à l'époque et au contexte, on se dit que les femmes devaient être élevées comme cela, dans la soumission au mâle et dans l'ignorance complète de leurs droits et de leurs capacités. Bref. 
Ce qui nous réconcilie un peu avec l'auteur, c'est que, si les Hurons s'en prennent une pleine tête, les deux Mohicans qui accompagnent nos jeunes écervelées dans la seconde partie du voyage et jusqu'à la fin du roman sont dits appartenir à un peuple supérieur par ses traditions, ses qualités guerrières et son intelligence. D'autre part, le chasseur qui les accompagne, bien qu'il affirme jusqu'à plus soif qu'il est un blanc "de sang pur", a intériorisé toutes les qualités des indiens : vision, oreille, instinct, stratégie, respect de la nature. Un personnage entre les deux mondes, ça soulage. Et puis, presque de l'amour. Entre Uncas, le soit-disant "dernier des Mohicans" et Cora, l'une des filles de Monro (bon, d'accord, elle est issue d'un mariage avec une quarteronne, donc elle est presque noire, donc déjà un peu inférieure). Mon côté romantique y a cru un instant, accompagné par les sous-entendus livrés par l'auteur. Et puis finalement non. 
Ce que les lecteurs critiquent, ce sont les longueurs, les dialogues artificiels, une action qui se traîne. Pas faux. Personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Sociologiquement, c'était intéressant. Pour le traitement du "sauvage", pour la place de la femme, pour la prise de position blanche, parce qu'on entrevoit quand même un peu de réalité. Mais au fait, le Mohican du roman, c'était le dernier ? Alors non, pas du tout ! Je m'en suis rendu compte en regardant un super reportage sur Arte consacré aux racines amérindiennes du rock et au cours duquel des musiciens issus des minorités ethniques opprimées interviennent. A côté de leurs noms était indiquée leur origine et, parmi celles-ci, j'ai pu lire "Machin Bidule, guitariste, mohican". Du coup, ni une ni deux, enquête. En vérité, les Mohicans n'ont pas tous été exterminés. Comme tous les autres peuples, ils ont été déplacés, déportés selon les besoins et les caprices des blancs venus usurper leurs terres, puis parqués dans des réserves qui avaient tout de camps de concentration. Une autre forme d'extermination. A l'heure actuelle, bien que les lois se soient en théorie assouplies, les indigènes n'ont toujours pas les mêmes droits que les blancs sur des terres qui pourtant, faut-il encore le rappeler (il le faut), leur appartiennent. Alcoolisme, viol, suicide, meurtres et, malgré cette situation apocalyptique, l'espoir de voir ces peuples refaire surface, réaffirmer leurs traditions et nous les enseigner à nous, pauvres blancs matérialistes et ignorants. 

mercredi 15 novembre 2017

Tous touristes : l'idiot du voyage réhabilité

Jean Didier Urbain, L'idiot du voyage, 1993. 
Que ceux qui se disent voyageurs et méprisent le "touriste" ouvrent grand leurs yeux : les mecs, on est tous touristes ! Alors oui, à une époque, j'ai moi aussi craché au visage des sacs-à-dos-guide-du-Routard. Moi aussi, j'ai voulu péter plus haut que mon séant en affirmant à qui voulait bien l'entendre que je n'étais pas de ceux-là, que j'appartenais à la race supérieure des voyageurs. Sans doute avais-je abusé de la lecture des anciens qui véhiculaient une image un peu snob et élitiste du voyage et avais-je adhéré en bloc à cette philosophie discriminatoire et méprisante envers ceux que Jean Didier Urbain appellent les "idiots". Cependant, sous la plume de l'anthropologue, ce vocable n'a rien de péjoratif puisqu'il se réfère au sens grec d' "ignorant", celui qui ignore et qui, par conséquent, part à la découverte du monde. Peu importe la modalité, donc, dès que nous franchissons le seuil de notre porte, nous sommes des touristes. Dans l'esprit de ceux qui se prennent encore pour des voyageurs, il y a cette idée ancienne selon laquelle celui qui voyage découvre, observe les lieux dans lesquels il arrive comme au premier matin du monde. Or, de nos jours, il ne reste que très peu de blancs inexplorés sur les cartes et, inévitablement et grâce aux réseaux de communication pourtant si récriés, quelqu'un est déjà passé par là avant eux. Ce statut de privilégié tend donc à se déliter, voire à être totalement obsolète. D'autre part, ceux qui assimilent le touriste à ce type inculte et profanateur de sites, le nez rivé à son guide et suivant à la trace les circuits préconçus pour ses beaux yeux font plusieurs erreurs de jugement. La première, c'est que les guides "touristiques" existent depuis la Renaissance et que le fait de suivre un parcours pré-indiqué n'est pas vraiment une nouveauté. La seconde, c'est qu'aujourd'hui le tourisme est un fait social, mais que le touriste est différent du tourisme. Pour chaque touriste, il existe un mode de déplacement, un comportement et un mode de pensée uniques, ce qui fait que la variété des types de tourisme est infinie. Ce qui est très amusant, en plus, c'est que les fameux back-pakers qui inondent le web de leur autosatisfaction de pseudo découvreurs du monde, suivent eux aussi des routes fréquentées. Ils méprisent le tourisme de masse mais racontent tous la même visite dans la même ville, le même trajet, le même musée, la même forêt, la même spécialité gastronomique. Touristes, puisque je vous le dis ! Ces routards ne le savent pas, mais ils sont hypocritement enfoncés jusqu'au cou dans le fait touristique, puisque leurs récits soi-disant éclairés et humanistes sont autant de lieux qu'ils inscrivent dans le circuit : il n'y a pas plus idiot que le fameux "je vais vous révéler l'existence d'un endroit encore secret de la planète" lu par des millions d'internautes ! 

En fait, le principal problème demeure cette image péjorative du touriste qu'a créé la littérature de voyage, il y a quasiment deux siècles de cela et à cause de laquelle on s'en défend, on le rejette, on en a honte : on ne veut surtout pas être touriste. Et c'est là que Jean Didier Urbain est très fort : non seulement il nous explique qu'il est impossible de discriminer voyageur et touriste tellement les pratiques sont variées, mais, si on avait encore un doute, il réhabilite le touriste avec des arguments magistraux. Figurez-vous que le tourisme est un échange de signes identitaires. Figurez-vous qu'au lieu de dénaturer des cultures et de semer partout où il sévit une acculturation tueuse de civilisations, il pousse les contrées visitées à opérer une réaffirmation de leur identité qui a de quoi réjouir. Il s'agit, je cite, d'un "système d'itinéraires et de destinations à travers lequel les cultures récapitulent, expriment, échangent et valorisent les signes emblématiques de leur identité et de leurs différences". Si ça ne vous en bouche pas un coin, ça ! 
Au terme de cette lecture passionnante (dont je ne vous livre qu'un échantillon tellement elle est dense), je me dis qu'en me considérant "voyageuse", j'étais totalement arriérée. J'essayais de me coller dans un moule qui a explosé depuis longtemps et qu'en plus, j'étais prétentieuse :
- les espaces que je parcours ne m'appartiennent pas (d'autres y sont venus avant moi et d'autres y viendront après)
- je ne les ai pas découverts (j'ai cessé de me prendre pour Christophe Colomb et suis devenue plus humble, je vous le jure)
- ma vision des lieux que je visite n'est pas une Bible du voyage (c'est la multiplicité des points de vue qui fait le lieu et c'est ça qui est intéressant. Les concepts de vrai ou faux sont pure foutaise)
- Je suis étrangère hors de chez moi et ce n'est pas grave (j'ai beau parler la langue et essayer de m'adapter aux coutumes locales, j'ai beau mettre des tissus andins sur mon canapé et manger des pâtes au pesto, je reste étrangère à ces cultures et ce n'est pas grave : en revanche, ce qui est génial, c'est de prendre conscience de cela et de goûter à la saveur inestimable de l'échange). 
Au fond, la question n'est pas de savoir si nous sommes un tas de gras trop bronzé étalé sur une serviette sur une plage de la Costa Brava, ou bien un trekkeur solitaire sac à dos chaussures de rando dans une plaine de l'Afghanistan. La question n'est pas de savoir ce qui est bien ou mal, ce qui est juste ou faux, ce qui est tourisme et ce qui est voyage, puisque l'un et l'autre fond partie d'un même fait social : le tourisme. La question réside dans le choix et dans ce qui fait notre identité profonde : trouver le mode de voyage qui nous correspond le plus, adapter notre manière de voyager à notre personnalité et, surtout, aller à la rencontre de l'Autre. 

dimanche 12 novembre 2017

Les 1001 visages de Munich

Quand on se trouve dans une ville avec plus de 8 siècles d'histoire, l'architecture prend forcément une importance capitale. A Munich, la tendance est exacerbée puisqu'on peut suivre différents parcours architecturaux, suivant les époques et les courants artistiques qui ont influencé sa construction. 
Munich italienne
Impossible de ne pas remarquer l'omniprésence de l'architecture Renaissance, de l'influence italienne dans les rues de la ville. Que ce soit avec les édifices religieux ou les bâtiments privés, les arcades, les couleurs, le style, tout nous ramène à l'Italie. Tant et si bien que, si le froid ne nous rappelait pas à l'ordre, on pourrait se croire à Rome ou à Florence. Certains esprits chipoteurs iront jusqu'à affirmer que c'est d'un véritable plagiat qu'il s'agit... Peu importe : pour nos yeux qui aiment voir du beau, ce petit côté méridional donne une touche chaleureuse à la ville. 


Munich néoclassique
Et puis, plus loin, c'est la Grèce. Au XIX ème siècle, on redécouvre l'Antiquité et on se dit que, niveau constructions, ils n'étaient pas si mauvais que cela, nos ancêtres. Alors, partout en Europe on se met à refaire des colonnes de partout, à construire des répliques du Parthénon et à avoir des idées de grandeur. Munich n'échappe pas à la règle. On peut voir le résultat dans le quartier des musées avec notamment la Glyptothèque. Ce qui est marrant, c'est que par la suite ce sont des architectes européens influencés par l'Antiquité grecque qui vont aller concevoir et construire des édifices à Athènes au XIXème. Une sorte de retour à l'envoyeur ! 

Munich et le nazisme 
Le truc moins drôle, c'est que la magnifique Königsplatz, de par sa grandeur justement, a souvent été le lieu privilégié des rassemblements nazis orchestrés par Hitler. Ou comment s'appuyer sur les civilisations passées et les détourner pour asseoir un projet abject. Aujourd'hui, la ville se tourne vers son passé pour l'exorciser. C'est ce qu'on doit dire à nos enfants, toujours : l'Histoire, il faut la connaître, c'est important, pour ne surtout pas refaire les mêmes erreurs. En 2015 a été inauguré dans ce but le Centre de Documentation du nazisme. Outre le fait que l'idée est exemplaire et essentielle, le bâtiment, ce cube tout blanc, est très audacieux (bon, ben, j'ai pas fait de photo, désolée). Pas très loin de là se trouve une place dédiée aux victimes du nazisme, sur laquelle une flamme brûle éternellement, comme celle de la mémoire qu'on devrait toujours avoir avivée. D'autres constructions pourtant très modernes sont elle aussi liées au nazisme : les bureaux de la multinationale Siemens et le siège monumental de BMW, firmes dont on sait qu'elles ont exploité des travailleurs forcés durant la seconde guerre mondiale. Les usines étaient même implantées tout près des camps de concentration dans le cas de Siemens. Le travail de mémoire, même s'il a été long, tardif et qu'il reste incomplet, a cependant débuté et a été motivé par la publication d'ouvrages accusateurs sur le lien des riches familles d'industriels avec le régime fasciste. Aujourd'hui, les temps ont changé et, grâce aux enseignements tirés du passé, il faut plus que jamais aller de l'avant. 

Munich princière
Avant tout ça, pendant quatre siècles, Munich a abrité les souverains de Bavière. Et ce qui était d'abord une citadelle a été transformé au fil des siècles en sublimissime palais. Un genre de Versailles en plein centre-ville : la Residenz. La visite de toutes les salles prend une bonne partie de la journée. On passe de chambre en chambre, on admire les lustres, les tapisseries, les meubles, les plafonds, les peintures, on n'a pas assez de nos deux yeux pour tout voir. Évidemment, la seconde guerre mondiale est passée par là, détruisant une bonne partie des bâtiments avec les bombardements, mais dès 1945 ce joyau architectural a été peu à peu restauré. L'église est peut-être le clou du spectacle : tout en briques et dénudée, on ne s'attend pas du tout à ce genre d'architecture dans un palais qui brille de mille feux baroques. Il paraît que le roi avait été très impressionné par les chapelles byzantines du XIIème siècle, ce qui expliquerait son choix. En tout cas, le tout nous a complètement envoûtés. 




Munich unique
Et puis il y a Marienplatz. Vous savez, ces villes ou villages miniatures recréés pour les besoin des décorations de Noël ? Eh bien Marienplatz, c'est ça. Un enchantement, un régal, un conte de fée devenu réalité. Au menu : une église, une colonne, des beffrois, des tours, des façades, de quoi en avoir le tournis. Endroit très fréquenté par les touristes, mais également par les munichois, on s'y rassemble au choix pour écouter le carillon ou pour célébrer les victoires de championnat d'Allemagne du Bayern. Toutes les lignes de métro y passent. En fait, c'est The place to be à Munich.


Vidéo maestro ! 

dimanche 5 novembre 2017

Carpe Diem à la munichoise : bien vivre et bien manger

On pensait la douceur de vivre réservée aux villes du sud, ensoleillées, méditerranéennes et pourtant cette caractéristique convient complètement à Munich. La sensation de calme qui règne dans la ville doit beaucoup à sa construction et à son fonctionnement : les larges avenues aérées qui donnent une impression de fluidité à la circulation, laquelle, d'ailleurs, se fait sans aucun coup de klaxon ; des transports en commun qui fonctionnent (le tram, silencieux, électrique et le métro très beau comparé à notre vieux métro parisien) ; l'utilisation plus que courue du vélo : au nombre de ceux qui sont garés dans les cours d'immeubles ou sur les trottoirs, on comprend que c'est un moyen de transport essentiel pour les habitants. La douceur de vivre est sans doute aussi beaucoup due au calme des munichois eux-mêmes et à leur conformisme : personne n'aurait l'idée de traverser la rue lorsque le feu piéton est rouge, par exemple. Personne non plus n'empièterait sur les pistes cyclables pour faire sa petite balade. Dans la vieille ville, il n'y a même plus de passages piétons en tant que tels : voitures, cyclistes et personnes à pied se déplacent en toute intelligence. On a l'impression que je donne une vision idéalisée de la ville mais c'est la réalité ! On a déjà évoqué le respect et la courtoisie en ce qui concerne le sport, cela est également le cas dans les métros puisqu'aucune barrière, aucun tourniquet de vient faire obstacle à ceux qui ne possèderaient pas de ticket. Les composteurs sont à l'entrée et on estime que les passagers sont assez intelligents pour composter leurs titres de transport sans qu'on les flique. Tout cela donne une ambiance assez particulière et fort agréable. On est loin de l'agressivité au volant des parisiens, des klaxons et de la tension inhérente à tout passage dans la capitale française. Allez, toutes les villes de l'hexagone ne sont pas Paris : peut-être que toutes les villes allemandes ne sont pas aussi idylliques que Munich... (un jour on mènera l'enquête, c'est promis !)  


Certains endroits sont idéals pour prendre la température de Munich, pour saisir son caractère : on pense au Viktualienmarket. Ce marché aux multiples stands a lieu tous les jours de la semaine, mais le samedi c'est la grande animation. On y vient en famille et... en costume traditionnel pour les hommes : pantalon de velours et grandes chaussettes, gilet et veste brodés de motifs montagnards et chapeau bavarois. Ici, s'habiller en costume n'appartient pas un genre de folklore destiné aux touristes, c'est un art de vivre, une fierté, une marque culturelle essentielle et c'est classe. Mais revenons au marché : on y trouve de tout et on peut goûter à tout. Une très bonne première approche de la gastronomie bavaroise. Car la gastronomie va de pair avec ce genre de lieux conviviaux, comme le sont également les Biergärten. Une véritable institution que ces "jardins" dédiés à la bière, cette boisson incontournable à Munich. Durant toute la belle saison, on s'installe là aussi en famille ou entre amis pour pique niquer et... s'abreuver de bière. Le Biergarten le plus célèbre est peut-être celui qui s'étend aux pieds de la Tour Chinoise, dans l'Englischer Garten : 7000 personnes peuvent s'asseoir sur les bancs verts, on imagine l'ambiance ! En ville, les brasseries ont aussi leurs Biergärten. En fait, à Munich, on prend le temps de vivre et on croque la vie à belles dents !



Mais alors, qu'est-ce qu'on mange à Munich ? Je m'attendais à manger gras et lourd, j'ai complètement changé d'avis sur le sujet. Évidemment, on est loin du régime crétois, mais les plats, même s'ils sont riches, ne sont pas gras ni écœurants. Ils sont assaisonnés et équilibrés juste ce qu'il faut. Une vraie découverte. Au palmarès des saveurs qui m'ont séduite : la moutarde, aromatisée et que l'on mange avec gourmandise, tout comme la petite sauce sucrée aux airelles qui s'accorde à merveille avec le célèbre Schnitzel, cette escalope de veau panée comme je n'en ai jamais mangé ailleurs. Évidemment, les saucisses et la choucroute ont un goût incomparable, je ne m'en suis toujours pas remise ! Côté sucré, j'ai quand même goûté à deux ou trois trucs, histoire de ne pas mourir idiote et surtout parce que la devanture bleue des boulangeries Rischart me faisait des clins d'oeil : en numéro un de mon palmarès des délices sucrés, le Kirsch - Royal, cette sorte de chausson tout rond (et énorme) à la pâte feuilletée glacée de sucre et garni de crème et de cerises confites, je ne vous dis que ça... Bien évidemment, il faut goûter le fameux bretzel (qu'on consomme à la mi-temps des matchs de foot au même titre que les frites !) saupoudré de gros sel. Et puis, ce qui est étonnant, c'est l'importance donnée au Frühstück, le petit déjeuner qui se rapproche plus d'un brunch complet après lequel on peut facilement se passer de manger le reste de la journée... Enfin, moi qui ne suis pas une fan de bière, j'ai apprécié la légèreté et la douceur des bières allemandes (soit dit en passant, moins de 50 cl, c'est pour les mauviettes). 


Des adresses peut-être ? Outre la boulangerie déjà évoquée, nous avons déjeuné au magique Café Luitpold, dans sa salle ultra chic avec sa grande verrière. C'est le luxe à portée de portefeuille puisque nous n'en revenons toujours pas d'avoir si bien mangé et payé si peu cher pour un repas pris dans un restaurant qui apparaît en bonne place au Guide Michelin. A Munich, la nourriture n'est pas chère du tout, contrairement aux idées reçues selon lesquels tout est hors de prix en Allemagne. Nous avons pu le vérifier à maintes reprises (oui, nous avons souvent mangé...). Nous avons aussi adoré revenir plusieurs fois nous installer à une table de la brasserie Augustiner, la plus ancienne de la ville. C'est là que nous avons succombé devant ces fameuses saucisses et cette incroyable choucroute, et ce à plusieurs reprises... 
Munich, ville par excellence du Carpe Diem, a un sacré goût de reviens-y !

samedi 4 novembre 2017

Munich ville de sport

Quoi de mieux pour cerner la mentalité d'un peuple que de se fondre dans la masse et d'observer sa relation au sport. L'Allemagne est réputée pour dominer de nombreuses disciplines, en particulier le football, mais c'est par son passé olympique que nous commençons notre cheminement.
Le Parc Olympique
Il a été édifié à l'occasion des jeux olympiques d'été de 1972, voulus pour faire oublier ceux de 1936 présidés par Hitler, mais à leur tour tristement célèbres à cause de la prise d'otage d'athlètes israéliens par un groupe palestinien. C'est la première fois que le terrorisme arrive sur la scène médiatique et cela donne lieu par la suite à des manifestations racistes anti musulmanes de la part du public. Même si nous sommes touristes aujourd'hui, nous sommes avant tout amateurs de sport quand celui-ci rassemble les hommes. Alors, on se souvient de tout ça au milieu du parc Olympique.
Pour en revenir au côté pratique, on imagine aisément que, pour l'époque, le site devait être ce qui se faisait de plus innovant. Encore aujourd'hui, il garde une dimension grandiose et son architecture demeure impressionnante et ambitieuse. D'ailleurs, ce n'est qu'il y a peu, en 2005, que la célèbre équipe de football du Bayern Munchen a délaissé la pelouse olympique pour l'Allianz Arena dont nous reparlerons juste après. Quant au village olympique, s'il fait surtout penser à une enfilade d'immeubles touristiques comme on peut en voir sur les côtes méditerranéennes, mais en 1972 c'était le top de la modernité. A l'heure actuelle, le stade se visite pour quelques euros seulement, on peut faire le tour du charmant plan d'eau peuplé de canards et grimper dans l'immense tour de télévision bâtie pour les JO. On monte à 280 m de hauteur environ grâce à des ascenseurs qui donnent le frisson et, de là, on a un panorama à 360° sur Munich et ses alentours (et même les Alpes par temps clair... mais là, il faisait très très gris...)



Le football
Que je ne vous cache rien : je suis fan de foot et le Bayern Munchen est mon équipe préférée depuis que j'ai 10 ans environ. Jamais je n'aurais cru un jour pouvoir assister en Allemagne à l'un de leurs matchs. Je me souviens de les avoir regardés à la télévision comme quelque chose de mythique, d'inaccessible. Alors, d'avoir en main mon billet pour ce fameux match que j'espérais depuis... longtemps (je tairai mon âge), c'était déjà un frisson total. Je vous passe l'arrivée devant le stade, les deux heures et quelques d'attente pour entrer dans les premiers, les selfies dans les tribunes, les exclamations en voyant les stars du ballon rond à l'échauffement. Si vous n'êtes pas amateurs de sport, ceci ne vous parle peut-être pas. Ce que je peux vous raconter, en revanche, ce sont les Allemands, parce qu'ils diffèrent en certains points d'autres spectateurs avec qui nous avons déjà partagé des rencontres sportives. 
Premièrement, le confort est primordial : beaucoup de personnes viennent assister au match munis de leurs petits coussins à l'effigie du club, histoire de se sentir un peu comme à la maison. Le savoir vivre, ensuite : quand on renverse son verre de coca dans les tribunes, on essuie ; et à la fin du match, celles-ci étaient beaucoup plus propres que dans d'autres villes que nous ne citerons pas. Le calme, enfin : pas de récriminations contre l'arbitre (mis à part mon voisin de droite, mais que les autres regardaient d'un air assez surpris), pas d'invectives rageuses envers les joueurs, pas de centaines d'entraîneurs qui pensent faire mieux que le coach officiel. Les gens regardent juste le match et ça, c'est très rare. A la sortie, pas de bousculade pour reprendre le métro. La foule est extrêmement dense mais personne ne pousse, personne ne se plaint. On attend simplement que ça passe. Et c'est cool. Peut-on en tirer des conclusions sur les Allemands en général ou est-ce simplement le fait des munichois ? Difficile à dire. Ce n'est que la photographie d'un instant, le récit de notre immersion dans le football bavarois. Ce qui est commun à tous les clubs d'outre Rhin, c'est le fait que chacun possède son répertoire propre de chansons de supporters et Munich ne fait pas exception. C'est une vraie institution en Allemagne que la composition de titres dédiés à l'encouragement de son équipe favorite. Et quand tout le stade chante ça, je vous jure, il n'y a que le sport pour faire vivre des moments pareils !  



Le hockey sur glace
Pour ne rien vous cacher, en arrivant à la patinoire, on s'est dit ok (petit jeu de mots...), les supporters de foot sont peut-être tranquilles mais là, on tient nos énervés. Ce qui donne cette impression, c'est que tandis que dans les stades les clubs de supporters sont concentrés dans une seule zone, c'est dans la patinoire toute entière qu'ils se répartissent. Le lieu est plus petit et l'effet chaudron d'autant plus impressionnant. Entourés de solides gaillards et de dames non moins motivées, tous armés de leur large maillot conçu pour abriter les protections des hockeyeurs, on n'était pas fier ! Heureusement, nous supportions le club local, le Red Bull München. Et puis, soudain, on s'est souvenu qu'on était en Allemagne : un coup de coude malencontreux du voisin lors d'une action ratée, un mot d'excuse accompagné d'un sourire et un bras chaleureux qui entoure l'épaule : définitivement, l'ambiance était toujours à la bonhomie. Côté spectacle, rien à envier au foot : les Allemands ont un joli budget, il faut dire. Effets de lumières, projections vidéos sur la glace et feux de bengale géants à l'entrée des joueurs, rien n'est trop beau pour honorer et encourager les sportifs ! En tout cas, l'ambiance était totalement folle et ce match un super moment en compagnie de gens survoltés... et gentils à la fois !