mardi 17 octobre 2017

Géopolitique du moustique

Erik Orsenna, Dr Isabelle de Saint Aubain, Géopolitique du moustique, 2017.
Erik Orsenna pourrait bien écrire sur le plus insignifiant des sujets qu'on aurait plaisir à lire son livre. Après avoir entendu l'académicien présenter son nouvel ouvrage dans une émission de radio, on ne pouvait faire autrement que d'avoir l'eau à la bouche.

Le moustique, cette petite bestiole qui virevolte et, il faut le dire, pourrit nos soirées estivales, fait moins peur en France que dans les contrées exotico-tropicales... et pourtant... Pourtant, avec le réchauffement climatique, ces résidents piquants de notre planète migrent vers nous. Pourtant, la zone située entre Marseille et Perpignan a depuis toujours connu des épidémies de fièvres dues aux insectes. Alors, puisque nous sommes appelés à être voisins, autant bien se connaître. Tout au long de son enquête, Erik Orsenna fait l'étudiant et se rend au chevet des plus prestigieux chercheurs sur la question de la vie, de la nature et des moustiques. Tous ses interlocuteurs sont à la fois passionnants et inquiétants, car ils pointent du doigt le même fait : les moustiques sont extrêmement nombreux, ils résistent aux affreux virus qu'ils transportent, ils possèdent un pouvoir énorme de contamination, ils se reproduisent à une vitesse folle et savent s'adapter à n'importe quel milieu, il en existe une variété d'espèces impressionnante. A côté des moustiques, l'homme est parfaitement minable. Nous pourrions rester béats d'admiration devant ces petites bestioles...si nous ignorions quels dégâts ils causent à travers le monde. Dengue, paludisme, fièvre jaune, virus zika... ce collier de noms plus effrayants les uns que les autres ont de quoi dégoûter à jamais de vouloir bien considérer les moustiques. Pour certains d'entre eux, des vaccins existent, qui aident nos organismes à se défendre lors des attaques suivantes. Pour d'autres, en revanche, aucune solution n'a encore été trouvée. Une histoire de gène, de cellule, d'un je ne sais quoi de très technique qui manque à notre connaissance. Nous voilà alors entraînés dans une étude approfondie de ce que sont les bactéries et le petit monde des virus. On recherche en permanence des solutions. A une époque, ce fut le très nocif insecticide DDT qu'on pulvérisa allègrement sur les paysages et les populations, lesquelles en gardèrent des séquelles à vie. Depuis, on essaie de faire mieux, moins pire. Sans que ce soit terrible. La prévention reste encore le meilleur moyen de se prémunir contre les piqûres. Répulsifs, nettoyage des recoins propices à la croissance de larves, moustiquaires. Mais que faire lorsque l'ennemi est si nombreux et si persévérant ? La science essaie elle aussi de s'en mêler, en tentant le lâcher dans la nature de milliers de mâles inoffensifs qui pourraient anéantir petit à petit la fonction porteuse de virus de l'espèce ; ou encore en modifiant génétiquement des spécimens pour les rendre tout mignons. Mais qu'adviendrait-il alors ? Ne joue-t-on pas là aux apprentis sorciers ? Il n'en demeure pas moins de Zika fait encore des ravages, que des bébés sont atteints de microcéphalies et que les moustiques tigres, les bien nommés, sont à notre porte. Plus de Guyane ou de Cambodge qui tiennent, les Européens sont également concernés.
Un voyage étonnant à travers le vaste monde et son pendant microscopique, mené de main de maître par la plume vive et inégalable d'Erik Orsenna. 

mercredi 11 octobre 2017

Le tourisme, bénéfice ou catastrophe ?

Deux choses sont à l'origine de cet article. D'abord, le fait d'avoir traité avec mes élèves le sujet des paysages espagnols en tant que décor de cinéma et le côté moins idyllique de la péninsule : la destruction de ses espaces naturels au profit d'une urbanisation sauvage motivée par le tourisme. Ensuite, un reportage d'Arte sur Venise et le drame que vivent le peu d'habitants récalcitrants qui n'ont pas encore quitté la ville : l'afflux incontrôlé de touristes qui dérèglent complètement la vie locale. Il n'en fallait pas plus pour qu'on se pose la question suivante : alors, le tourisme, bénéfice ou catastrophe ? 
En Vendée...
Avec mes élèves, nous avons ensemble regardé un reportage d'Arte sur Mallorque, pour voir en images ce qui se joue dans cette île des Baléares très prisée par les visiteurs. On a pu voir que chacun y allait de son argument pour glorifier ou maudire le tourisme de masse. Une guide soutenait par exemple que les visiteurs du monde entier étaient les bienvenus et que, en temps de crise, c'était leur venue qui faisait tenir l'économie de Mallorque. Nous, on s'est surtout dit qu'elle tenait à son salaire... Et on a été beaucoup plus émus par les habitants qui se plaignaient de voir le prix de l'immobilier flamber, par cette association qui mesurait la pollution aux abords du port, pollution de l'air très importante et causée par les paquebots de croisière, géants des mers qui stationnent pendant plusieurs heures sans couper leurs moteurs, tout ça pour que des touristes peu soucieux d'approfondir le sujet fassent quelques photos et puis s'en aillent. Touchés, on l'a aussi été par ce vieux monsieur, artiste, qui collecte des bouteilles d'eau et autres détritus pour en faire des œuvres contemporaines et les exposer en plein centre-ville. Une manière de faire prendre conscience aux touristes ET aux mallorquins que le patrimoine naturel, ça se respecte. Le vieux monsieur, il disait que dans jeunesse, il longeait la côte en vélo et qu'il n'y avait aucune construction. Il disait qu'il était triste et ça nous a rendus tristes aussi.
A Egine, en Grèce...
Du coup, on est allés voir ça d'encore un peu plus près, et on s'est plongés dans les rapports de Greenpeace sur la destruction du littoral espagnol. Des images parlent plus que des chiffres, quoique : l'équivalent de 8 terrains de foot par jour de nature détruite pour construire des hôtels et appartements touristiques, on a bien visualisé. En photos, on a vu le rapport de 2013, le meilleur et le pire de la côte espagnole : les endroits les plus protégés, et les endroits les plus amochés. On a vu rouge. Alors, les jeunes se sont mis à écrire (tout ça en espagnol, bien évidemment) une loi de protection du littoral : interdictions, zones protégées, parcs naturels, amendes, bus électriques, associations de riverains, hôtels écologiques, films de sensibilisation... ils ont tout réinventé. 
Seule, j'ai visionné ce reportage Arte Regards (au passage, cette émission est excellente) sur Venise et j'ai revu le même drame : rues envahies, prix des logements inabordables, départs des jeunes vers d'autres villes, petits commerces fermés au profit de chaînes bon marché. Seulement, cette fois, on nous présentait une solution très intéressante : deux jeunes sans travail (parce qu'à Venise, quand on est biologiste et pas dans le tourisme, on ne trouve pas de travail) ont ensemble créé une association et un label. Le but ? Communiquer, informer les touristes sur les magasins qui sont tenus par de "vrais" artisans locaux, les inciter à s'intégrer à la vie locale en faisant par exemple des ateliers (on en voit un dans le reportage chez un souffleur de verre), manger chez les petits restaurateurs, etc, etc. Au fond, ce que disent les vénitiens, c'est que ce n'est pas vraiment la faute des touristes, mais plutôt la faute des autorités qui se sont laissées déborder par le flot, qui ont vu la manne financière et qui ont fermé les yeux sur les conséquences désastreuses que cela allait engendrer. 
A Malaga, en Espagne...
Cela nous amène inévitablement à nous remettre en question, nous et notre sac en dos, en tant que touristes.
("touriste", gros mot pour certains qui le considèrent péjoratif et se refusent catégoriquement à l'être, touriste, criant haut et fort à qui veut bien les entendre qu'ils sont des "voyageurs". N'ayant pas vu pour le moment de grosse différence mais seulement quelques hypocrites nuances, je règlerai leur compte dans un prochain article)
Sommes-nous, déjà, dans un premier temps, sensibles au fait que le logement dans lequel nous dormons sur la Costa del Sol a provoqué la destruction massive de cette même côte ? Sommes nous éduqués en ce qui concerne le respect des espaces naturels, la propreté ? Préférons-nous faire marcher le commerce local ou nous ruons-nous encore dans les magasins où domine le "made in China" ? Nous intégrons-nous un peu à la vie locale ou restons-nous sur les sentiers balisés par les guides ? 
Vraiment, après tout ce travail, toutes ces images et ces réflexions en groupe et en moi-même, je me dis que, définitivement, j'aurai du mal à ne pas réfléchir à deux fois avant de franchir la porte de tel ou tel endroit, et que je serai dorénavant plus attentive aux traces de mon passage dans les pays et les villes que je visite ... 
Un endroit protégé où je sais qu'il n'y aura jamais d'immeubles...

dimanche 8 octobre 2017

Che Guevara, héros ou bourreau : 50 ans après

Jacobo Manchover, La face cachée du Che, 2007.
Aujourd'hui plus que jamais, l'homme fait polémique. Depuis 1959 et pendant des décennies, le monde entier (ou presque) lui a envoyé des fleurs, a chanté ses louanges d'intellectuel libérateur de Cuba, de sauveur de la démocratie face à la dictature de l'horrible Batista. Lui, et Fidel Castro. Mais tandis que Castro est devenu à son tour un dirigeant, le Che est quant à lui parti sur les routes du monde pour diffuser son idée de la révolution, répandre son idéal de Viêt Nam en Europe, en Afrique et en Amérique Latine. C'est finalement en Bolivie qu'est mort celui que l'on considère encore de nos jours comme un héros. Son image galvaudée trône sur les tee-shirts et les casquettes de jeunes gens qui ne savent à peu près rien de Guevara. Besancenot lui a dédié un livre et des politiques, des intellectuels se revendiquent encore de ses idées. Des idées choisies, triées sur le volet, parmi des phrases, d'innombrables écrits et des comportements qui sont loin de faire l'unanimité. Le Che n'était pas l'idéaliste romantique et poète que l'imagerie castriste a bien voulu construire pour nos petits cœurs en manque de messies. Certains prisonniers qui ont eu affaire à lui, des proches qui l'ont suivi lors de ses différentes tentatives d'insurrections le décrivent même comme un véritable boucher.

Le livre ici évoqué se base pour beaucoup sur les écrits du Che : lettres, journaux, textes officiels ou retranscriptions d'interventions orales. Et, déjà, le romantisme est entaché d'une violence verbale, d'un farouche désir de combat, d'armes, de guerre et de sang, d'une froide cruauté qui mettent à mal le portrait idyllique jusqu'alors diffusé. Difficile d'accuser de mensonge un universitaire qui se dit lui-même un ancien fervent admirateur du Che. Justement, c'est en relisant le Che, en buvant ses paroles que Manchover a détecté la faille. Une énorme faille. Est-il vraiment médecin ? A-t-il réellement obtenu son diplôme ? La question reste presque secondaire face à sa cruauté qui fait régner la peur autour de lui et qui, elle, est bien réelle. Comment des intellectuels qui ont visité les célèbres geôles de La Cabaña et qui ont certainement compris ce qui s'y jouait - des exécutions sommaires et sans procès orchestrées par le Che -, comment Sartre et Beauvoir ont-ils pu se voiler la face à ce point ? Se sont-il saussi bouché les oreilles pour ne pas entendre l'apologie des exécutions que Guevara a pourtant faites au micro des Nations Unies, permettant ainsi une large diffusion à cette horrible idée ? Régine Deforges va plus loin, en n'étant pas le moins du monde choquée que l'on construise un "émouvant" musée dans cette horrible prison que fut La Cabaña. Comble de l'ironie, se sont les intellectuels français qui ont donné ses lettres de noblesse à la si belle légende du Che, à ce personnage qui les avait en horreur et qui avouait ne jamais lire de livres. 
La création de cette légende dorée a été en partie voulue par Fidel car, si le Che quitte Cuba, c'est que ses interventions sans filtre, son attachement douteux à la doctrine stalinienne et son caractère imprévisible gênent le pouvoir. En fait, Castro le coule littéralement en lisant dès le lendemain de son départ la lettre d'adieu de Guevara au peuple cubain, laquelle ne devait être dévoilée qu'après sa mort. De cette façon, le retour au bercail lui est interdit : il est condamné à errer sur les routes du monde tel un paria. L'Afrique est un fiasco. Le peuple se contrefout de ce pseudo sauveur venu de l'extérieur et qui ignore tout ou partie des clés de la situation. Il devient exécrable avec ses hommes : l'un d'entre eux, ayant eu un enfant avec une locale, sera forcé de l'épouser. Il finira par se suicider. Quant à la Bolivie, l'histoire est un peu similaire. Le Parti Communiste, tout comme celui de Cuba, ne le considère par comme un des siens. Les paysans ne comprennent absolument rien de ce que ces blancs viennent foutre là. Ils en ont peur. La CIA est à ses trousses. C'est la fin avant même le début. 
Demain, 9 octobre 2017, partout dans le monde seront célébrés les 50 ans de sa mort. Des milliers d'articles, de reportages et de commentaires vont fleurir sur le web, dans la presse, à la télévision. Certains lui rendront un hommage vibrant et larmoyant. D'autres, amères, rugiront en silence que leur vérité ne soit pas entendue. La polémique fera rage, encore une fois. Alors, qu'allons nous préférer encore cette année ? Le confort de l'image du héros sans taches qui nous rassure et nous motive à poursuivre nos quêtes ? Ou bien allons-nous enfin devenir adulte et voir les choses en face, cesser d'admirer ce qui ne mérite pas de l'être et chercher enfin des modèles à notre mesure, des faiseurs de paix et non des prêcheurs de haine ? 

samedi 7 octobre 2017

Les secrets de voyage et les voyages secrets : enquête

Jean Didier Urbain, Secrets de voyage. Menteurs, imposteurs et autres voyageurs impossibles, 2003.
Impossible de résumer en quelques lignes tant le livre est dense. J'ai choisi d'aborder quelques points, dont certains feront l'objet d'autres articles plus détaillés. Jean Didier Urbain a été mon professeur d'anthropologie et ses écrits sont à son image : passionnants. 
Le voyage
Le voyageur ne s'arrête pas de voyager lorsqu'il descend de l'avion et rentre chez lui. Son voyage est permanent et il le réalise sans interruption à travers les livres qu'il lit, les images qu'il regarde et les rêves qu'il fait. Qu'il soit réel ou virtuel, le voyage est permanent. Non pas que penser au voyage, c'est voyager. Mais que les souvenirs et les projections que l'on s'en fait sont partie intégrante du voyage. Comme le dit Steinbeck : "Il en est qui durent bien après que tout mouvement dans l'espace et le temps a cessé". 

Le nomadisme
Est-ce un relent de notre nomadisme préhistorique qui se rappellerait à nous ? Cela voudrait dire que, tout en étant des êtres sédentaires depuis longtemps, ce n'est pas une condition naturelle de l'homme que de rester immobile et qu'en chacun de nous il y a un nomade qui sommeille. C'est ce que les tour-du-mondistes proclament à cor et à cri à qui veut bien les entendre, déphasés de la société qu'ils se prétendent être. On en reparlera un jour prochain. 

Le récit
Que ce soit pour l'embellir ou pour le transformer, volontairement ou involontairement, le voyageur ment. Les terra incognita sont tellement rares de nos jours que le voyageur a besoin de trouver un axe différent, original, incongru pour raconter ce qu'il a vécu. De là à se risquer à quelques inexactitudes, par l'ajout ou par le silence, il n'y a qu'un pas. Le voyageur ne découvre plus, il réécrit, réinvente les destinations. D'autant plus lorsque, catastrophe, il se retrouve face à un "double" : même sac à dos, même itinéraire et, par conséquent, production finale d'un même récit. Le fait de ne pas être le premier met en rogne les conteurs de voyages ! Je fais référence ici aux fameux blogueurs qui ne savent plus quoi inventer pour être originaux, pour être les "premiers à...". Mais ceci fera l'objet d'un autre article. 

Le voyage secret
Seule manière pour le voyageur d'échapper au conformisme du statut de touriste et unique manière d'éviter de se retrouver à fouler les traces de prédécesseurs, le voyage secret. Ici, Jean-Didier Urbain fait référence aux grands aventuriers dont nous avons déjà parlé ici : René Caillié à Tombouctou évoqué dans le roman de Frison-Roche ; Alexandra David-Néel travestie en mendiante pour atteindre la mystérieuse Lhassa au Tibet ; et bien d'autres encore. 
Mais il est d'autres voyageurs secrets, plus proches de nous dans l'espace et dans le temps. Cet homme qui fait mine de préparer un grand départ de façon à en informer ses voisins et qui, le jour J, s'enferme chez lui pour un voyage immobile et secret. Un non voyage, non déplacement pour être tranquille, incognito et enfin pouvoir s'échapper. Ou encore ces disparus volontaires qui quittent tout du jour au lendemain (nous en avions parlé avec le cas du Japon) pour fuir leur vie et recommencer quelque chose de neuf ailleurs, dans un endroit connu d'eux seuls. 

Un livre passionnant, donc, qui fait du bien à nos cerveaux qui se limitent trop souvent à la lecture au ras du sol des blogs de voyage et autres comptes Twitter de baroudeurs...

vendredi 29 septembre 2017

Mon top 10 des livres qui te font voyager...et réfléchir sur le voyage

La rubrique "livres" du blog étant très très très très fournie, voici une sélection de 10 livres ou auteurs qui te feront voyager, immobile dans ton canapé, mais mobile dans ta tête et dans tes rêves, et qui par la même occasion te feront réfléchir sur le sens du voyage ainsi que sur la manière dont tu le racontes, toi, modeste bloggeur... Prêt ? On y va ?

Bernard Ollivier, La longue marche
La route de la soie s'ouvre à vous, sans aucun obstacle, telle que Bernard Ollivier décide de la parcourir à 61 ans. Remise en question de toute son existence, départ géographique après le départ de sa femme, besoin de réapprendre à marcher sans elle. Plus qu'un projet de voyage, une interrogation existentielle qui le conduit jusqu'à X'ian. Anatolie, Iran, Ouzbékistan, Chine, les paysages défilent et ce que l'on croyait être un récit de marche solitaire se transforme en un collier dont les perles sont les multiples rencontres faites sur le chemin. Courage. Humilité. Et cette citation chère à mon cœur et qui définit parfaitement ma vision du voyage et du monde en général. Les gens avant tout, pas forcément très loin de soi, et s'intéresser à eux, à leur histoire, à ce qu'ils ont à nous dire et à nous apprendre :
"Assez de voir des civilisations en boîte et de la culture sous serre. Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village,et une soupe, attablé avec des inconnus". 
Bernard Giraudeau
L'oeuvre de l'artiste en général. Depuis ses documentaires et sa voix envoûtante et déjà exotique, jusqu'à ses livres, invitations au voyage. Mais pas au voyage touristique, prévisible. Non. Au voyage cru, rude parfois, piquant, aux récits des hommes revêches, des marins sans port et des femmes au passé incertain, mi déesses mi putains. Si la mélancolie poétique vous tente, si un aller sans retour dans les bas fonds des cités portuaires ne vous effraie pas, Bernard Giraudeau, avec sa prose sans égal, sera le guide qu'il vous faut dans les méandres du monde. 

Tintin
Même adulte, la lecture des aventures du jeune journaliste belge nous procure encore des frissons, de l'émotion et de la joie. Indémodable, Tintin se lit à tous les âges et à toutes les époques. C'est Le Temple du Soleil qui m'a fait découvrir le Pérou et m'a donné l'envie irrésistible d'aller voir les Andes en vrai. Ce sont ses incroyables enquêtes qui m'ont tenue en haleine durant toute mon enfance et mon adolescence qui m'ont donné la curiosité d'aller découvrir le monde. 

Isabelle Autissier, L'amant de Patagonie
Un magnifique roman après la lecture duquel on n'a qu'une seule envie : filer tout droit en Patagonie. Là, dans le grand sud, redécouvrir autrement ces terres hostiles et reprendre contact avec ces peuples massacrés puis oubliés. Isabelle Autissier retrace dans son roman l'histoire de la rencontre ratée entre les colons européens et les autochtones, cette immense méprise qui nous a fait prendre, nous, les blancs, les indigènes pour des sauvages. Or, sauvages, nous l'étions complètement et nous le sommes restés, sans aucun état d'âme, jusqu'à l'assassinat du dernier Ona, du dernier Alakaluf. Laissez-vous emporter dans les paysages sublimes de la Patagonie, à la suite d'un auteur qui nous livre ici un hymne à cette terre et aux gens qui l'ont un jour peuplée. 

Paul Théroux, Patagonie Express
Le titre nous ramène au livre précédent, pourtant tous les deux n'ont rien à voir. Le livre de Théroux est un éloge au voyage pour le voyage, qu'importe le but pourvu que les routes soient belles. Un matin, il s'éclipse. Il prend le métro de Boston comme des milliers de gens qui vont travailler, à cette différence près : lui ne se rend pas au bureau mais... en Patagonie. De train en train, Théroux traverse l'Amérique du Nord au Sud, passe toutes les frontières et décrit ce qu'il voit, sans autre volonté que celle de raconter et d'avancer. Pas d'idéalisation touristique. Pas de visites. Pas de musées. Juste le train et les populations locales qu'il croise dans leur élément naturel et sur lesquelles il ne porte pas de jugement. Un anti tour du mondiste, anti routard, anti instagramer et ça fait du bien ! 

Claudie Gallay, Les déferlantes
Voyage intérieur autant que géographique. La Hague ne semble pas un lieu tellement passionnant pour un voyage littéraire, et pourtant... Le vent, les tempêtes, l'iode, les falaises, le phare, la pluie battante, les oiseaux partout. On se retrouve dans une atmosphère parfaite pour se retirer de l'agitation du monde. Le voyage n'est pas forcément une succession de lieux à voir que l'on enchaîne sans les approfondir. Il peut être aussi immobile et favorable à un travail d'introspection. Seule avec ses tourments dans une région au climat tourmenté, la protagoniste nous donne furieusement envie de venir l'accompagne dans ses marches interminables sur la lande battue par les vents...

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée
Voyage itinérant mais avant tout séjour incroyable au cœur de la langue française et des mots. Car, pour décrire un itinéraire ou un séjour, on croit souvent que l'alignement de toponymes et de superlatifs suffit. Or, Rufin nous remet à notre place de gribouilleurs de récits pour nous montrer ce que c'est vraiment que l'écriture du voyage. Il est possible que la lecture de ce livre ne vous donne même pas envie de "faire Compostelle", puisqu'on vous l'aura raconté avec tellement de génie qu'il vous semblera impossible de vivre en vrai un tel pèlerinage géographique, religieux et littéraire à la fois !  

Frances Mayes, Sous le soleil de Toscane
Le vaste débat de la résidence secondaire à l'étranger. La Toscane, pour ces Américains en quête de calme et de soleil. Et toutes les péripéties de maçonnerie, peinture et jardinage qui vont de pair avec la rénovation d'une vieille bâtisse dans une région du monde où l'on demeure malgré tout un étranger. Lé récit est tellement vivant et généreux qu'on a envie de venir les aider. Et puis il y a toutes ces saveurs, les tomates gorgées de soleil, l'huile d'olive qui coule comme une fontaine d'or, le sucre des fruits mûrs. Le voyage, en plus d'être un déplacement ou, comme dans ce livre, une installation, est aussi une aventure culinaire. Oui, le voyage se goûte et on en redemande ! 

Lolita Séchan, Les brumes de Sapa
Préparez-vous à chausser votre sac à dos pour suivre Lola dans ses innombrables avions, dans ses allers et retours incessants entre son monde et celui de son amie vietnamienne. Au départ, c'est un voyage intérieur qui a besoin d'aller voir ailleurs si son Moi y est. Et puis l'égocentrisme s'efface au profit de l'amitié. Alors, l'humain dans ce qu'il a de plus beau et de plus pur peut enfin éclater au grand jour. Oui, on peut s'attacher à des habitants des pays que l'on visite. Non, l'amour comme l'amitié n'ont pas de races, pas de frontières autres que celles que nous nous mettons dans la tête. Pas de descriptions de paysages ici, pas de mise en mots du décor : les dessins parlent d'eux-mêmes et on y plonge agréablement sans pouvoir en détacher nos yeux éblouis par tant de beauté. 

Emilie Beaudet, Bolivia Road Movie
Oui, j'y suis allée de mon petit roman voyageur. Oui, j'avoue, j'ai fait ça. Je ne sais pas ce que ça vaut, c'est à vous de le dire, mais j'avais envie de raconter autrement que par le blog quelque chose de mes voyages en Bolivie, quelque chose qui ferait voir le pays tel qu'il est, autrement que par ses musées et son folklore et qui en même temps me permettrait de glisser là-dedans des personnages qui ressemblent à des gens que j'ai croisés sur ma route et que j'ai trouvés beaux. 

mardi 19 septembre 2017

Argentomagus : un trésor archéologique dans le Berry

Aux portes de la ville d'Argenton sur Creuse, ou plutôt autour et partout dessous, se trouvait la cité d'Argentomagus. D'abord ville gauloise, puis romaine, on y trouve aujourd'hui d'innombrables traces de cette riche histoire qui commence en fait à la préhistoire. Aujourd'hui et depuis des années, des fouilles sont en cours qui ont permis de mettre à jour des trésors archéologiques tels la nécropole, la domus de Macrinus, la fontaine et bien sûr le magnifique théâtre. C'est presque chaque jour que de nouvelles découvertes ont lieu, tant le sous-sol regorge de témoignages du passé : le souterrain, dans la fontaine, et ce qui pourrait s'avérer être, selon ce que nous a confié un spécialiste du lieu, une découverte unique en Gaule à ce jour... mais dont je ne dirai rien de plus ! Les archéologues, les passionnés ont encore de longues heures de fouilles devant eux ! Car quoi de plus gratifiant que de se trouver face à des vases intacts, des bracelets ciselés, des pans entiers de murs ? Un travail de longue haleine et qui n'est pas près de se terminer, puisqu'on estime à ce jour que seulement 10 pour cent du site d'Argentomagus a été mis au jour. On comprend bien que la cité devait être très étendue et très peuplée.
Lors des journées du patrimoine, le musée est les extérieurs étaient totalement ouverts au public. On en a profité pour faire un saut dans l'Histoire !

Le musée
Au fur et à mesure d'une visite qui démarre à la Préhistoire, on en apprend un peu plus sur les découvertes faites à Argentomagus mais également sur le passé de la France. Que l'on vive n'importe où dans l'Hexagone, personne n'est à l'abri de trouver une statuette ou des amphores dans son jardin, qu'on se le dise ! C'est pour cela qu'un travail de recensement des objets archéologiques trouvés par les particuliers est effectué. Au fur et à mesure des salles, on poursuit notre progression au fil des siècles pour se retrouver à l'époque gallo-romaine. A l'intérieur, les vestiges et les explications. A l'extérieur, à travers les baies vitrées, le site qui s'étale sous nos yeux. Puis, la descente en pente douce continue pour nous conduire jusqu'à la crypte et ses solides murs de pierre. Toucher du doigt ce que nos ancêtres ont bâti, voilà de quoi redevenir humble ! 



Les extérieurs
Si certaines parties sont bâchées afin de les protéger des intempéries (attention, fouilles en cours !), on peut néanmoins admirer la fontaine monumentale dont on suppose qu'elle possédait une toiture et en apprendre sur la domestication de l'eau avec l'existence d'un aqueduc et la présence de réservoirs (que l'on peut voir juste en contrebas du musée). Le sanctuaire laisse également imaginer  de par sa taille l'importance d'Argentomagus, mais également de par les découvertes qui y ont été faites (statuettes et monnaies) de l'activité qui y avait lieu ainsi que du syncrétisme religieux entre les cultures locales et la religion romaine. 


Le théâtre romain
A 10 minutes à pied (on peut y aller en voiture), se trouve le grand théâtre. Pouvant accueillir 6000 à 7000 personnes, il est en fait formé d'un premier théâtre, auquel un deuxième, plus grand est venu se greffer. On remarquera les deux lignes de murs relativement serrées qui se suivent et se rejoignent pour ne plus en former qu'un. Gradins, allées, scène, tout est extrêmement bien conservé, si bien qu'on imagine sans peine ce à quoi pouvait ressembler cette construction assez monumentale. 




On ne saurait que trop vous recommander d'aller à Argentomagus, parce que le musée est passionnant et que le site est immense. Que vous soyez des férus d'archéologie ou les néophytes, vous adorerez cette visite ! Et puis, par la même occasion, ne manquez pas de vous balader dans la superbe ville d'Argenton sur Creuse, de découvrir les bords de Creuse et de vous perdre sur les routes verdoyantes du Berry (non loin de là, par exemple, le joli village de Lys Saint Georges !) 

jeudi 14 septembre 2017

14 de septiembre : bon anniversaire Cochabamba !

Alors peut-être que tout le monde s'en fout, c'est un peu ce que mes élèves ce matin m'ont gentiment fait comprendre lorsque je leur en ai parlé, mais moi je trouve ça super important et c'est une date que j'ai en mémoire. Le 14 septembre, c'est l'anniversaire de la ville de Cochabamba en Bolivie. Cochabamba n'est pas forcément une ville ultra touristique. Peu de monuments, de rares mentions dans les guides (vous savez, ces petites Bibles qui indiquent au voyageur là où il faut aller et, par omission, les lieux qui n'ont aucun intérêt ?). Et pourtant, c'est une ville qui a mille atouts :
- le climat est exceptionnel. Tempéré, peu de jours de pluie, soleil permanent en hiver. Ni trop chaud, ni trop froid.
- le rythme y est plus lent qu'à la Paz. Cochabamba est une grande ville mais où l'on vit et on se déplace autrement plus tranquillement qu'à la capitale. 
- la gastronomie est renversante. J'avais déjà écrit un article ici sur le sujet. A Cochabamba, on ne mange pas pour vivre, on vit pour manger. La variété des plats est impossible à quantifier. On y trouve aussi bien des viandes savoureuses, que des poissons de rivières, les fruits et légumes les plus sucrés et goûteux (les pèches, mon Dieu, les pêches !!). Et les sucreries ne sont pas en reste !
- l'activité musicale et culturelle y est très intéressante. Le théâtre Acha propose de nombreux spectacles et les plus grands groupes folkloriques sont originaires de Cochabamba : Tupay par exemple, et bien évidemment Los Kjarkas, le groupe mythique qui a fait voyager le folklore bolivien à travers le monde. 
- la fête de la Vierge d'Urkupiña (articles ici, ici et encore ici) est un événement à ne pas manquer. Défilés de danseurs, de costumes, de fanfares, sous un ciel autrement plus clément que celui du célèbre carnaval minier d'Oruro. 
- c'est la ville où j'ai passé beaucoup de temps en Bolivie, une ville que j'aime parce que son rythme correspond au mien. J'aime ses marchés, ses jardins, ses rues, son Christ de quelques centimètres plus haut que celui de Rio et que l'on voit de l'avion avant d'atterrir (en partant aussi, on le voit devenir petit et on pleure quand il disparaît du champ du hublot). J'aime sa laguna Alalay, son jardin Botanique, et même sa décharge (si, si !) parce que les enfants qui la peuplent et avec qui j'ai eu la chance de travailler m'ont beaucoup appris sur le sens de la vie.
Pour tous ces enchantements, je vous invite à dire avec moi :
Bon anniversaire Cochabamba !!
Ici quelques photos inédites puisque retrouvées dans un appareil photo qui a circulé de mains en mains en 2014, des mains 100% boliviennes et la moitié du temps dans des mains de 5 ans et demi. Photos authentiques, autant dire ! 

samedi 9 septembre 2017

En immersion dans le blockhaus hôpital des Sables

C'est comme s'il était là depuis toujours, le blockhaus. On passait devant tous les jours d'été pour aller à la plage. Il faisait partie des meubles. Jamais on n'aurait soupçonné qu'autant de choses se cachaient sous ce gros bloc de ciment. Et puis, un jour, un passionné d'histoire s'est mis en tête de le réhabiliter et d'en faire un musée. Les informations collectées sont énormes et précieuses : documents personnels, archives, documents audiovisuels inédits, uniformes d'époque et objets personnels. Les vitrines sont remplies de témoignages tangibles de ce qu'a été la deuxième guerre mondiale aux Sables d'Olonne. De part sa situation sur la façade Atlantique, la ville a été un point stratégique, tant pour les Allemands qui y avaient construit une ligne de défense presque sans failles - blockhaus le long de la côte, plage recouverte de mines - que pour les Alliés qui cherchèrent à y débarquer. La population civile, de son côté, s'est beaucoup investie dans la résistance. Comme partout ailleurs, des résistants et des Juifs ont été déportés. De nombreux vendéens ont été réquisitionnés pour le travail obligatoire en Allemagne. Quant aux réfugiés des autres régions, ils sont venus en masse trouver un ciel plus clément aux Sables d'Olonne. Le site que nous visitons se situe en centre-ville, en retrait de l'océan et était en réalité le blockhaus hôpital des nazis. Infirmerie, salle d'opération, cellule des dirigeants, tout les "pièces" sont accessibles et ont été reconstituées à l'identique grâce à des documents. Tout ce réalisme provoque une série de sentiments mélangés : curiosité, intérêt, mais aussi inquiétude, tristesse, prise de conscience aigüe de cet horrible conflit qui a déchiré le monde. En sortant, on se dit d'une part que, définitivement, la guerre est horrible et que, d'autre part c'est très bien que des passionnés fassent vivre la mémoire. Parce que, tant qu'on se souvient, on est vigilant, on est en résistance et on vénère la paix. 
Un musée que l'on vous recommande vivement. 





vendredi 8 septembre 2017

Henri Bordeaux, Joseph Peyré : de la misogynie en montagne

Que les choses soient claires et nettes, posées dès le départ : je ne suis pas une féministe. Non que j'aime me faire dominer par les hommes dans une société machiste, gagner moins qu'eux et me faire mépriser quand je porte une jupe. Cependant, je ne suis pas du tout dans la mouvance militante qui veut qu'on fasse tout comme les hommes. Pardon, mais je ne suis PAS un homme. Je tiens à rester une femme avec tout ce que ça a de particulier. Dans les sociétés andines, loin d'être aussi machistes qu'on le pense (cette fâcheuse tendance n'arrivant qu'avec la colonisation espagnole), hommes et femmes ne sont pas identiques mais complémentaires. Aucun ne prend le dessus sur l'autre, mais chacun est respecté et utile dans le couple pour ce qu'il sait faire de mieux. Une équipe, en quelque sorte. En réalité, ce qui rend les femmes féministes, c'est le machisme de nos sociétés. Dans les deux romans que je viens de lire et qui se situent tous les deux en montagne, c'est à la misogynie dans toute sa splendeur que j'ai été confrontée. De quoi énerver les demoiselles les plus pacifiques. J'explique. 
Henri Bordeaux, Le barrage, 1927.
L'histoire d'un village des Alpes à qui l'on apprend qu'il va être noyé au profit d'un barrage hydro électrique et de sa retenue d'eau. Le village pourrait ici être un personnage à part entière, s'il ne formait qu'un et, comme un seul homme, choisissait de se rebeller plutôt que de plier. Or, la grande majorité du village se soumet sans trop broncher et il est fait dans le livre un éloge au progrès qui arrive dans les chaumières et les fait sortir de l'obscurantisme païen. Reste un personnage, celui du chasseur de chamois rustre qui se comporte en ours et qui, lui, se refuse à admettre que son village puisse disparaître sous les eaux. On donne cependant des circonstances atténuantes à ce comportement : la mort de sa femme, sa fille au couvent après la mort de son fiancé. Que Dieu lui pardonne. Car la religion est omniprésente et, même lorsque les traditions et le respect voué à la montagne sont évoqués, le Créateur n'est jamais bien loin. Quid des femmes, me direz-vous ? Eh bien aucune ne sort vraiment du lot. Vierges effarouchées sans défenses face à l'appétit des ouvriers - étrangers, et ce n'est pas qu'un détail - venus construire le barrage, mères de famille aux fourneaux, sans voix, sans conscience, aveuglées par leurs sentiments et bigotes. Heureusement, Dieu est juste et bon : l'âme des égarées sera sauvée, tout est pardonné. On voit bien, mais c'est l'époque, me direz-vous ?, que les femmes n'ont pas le droit de cité dans les débats concernant la sauvegarde ou non de ce village. Au fond, n'importe quelle histoire aurait été bonne pour qu'Henri Bordeaux nous serve sa morale sur la salvation et le pardon. 
D'autres villages engloutis:

 Lac du barrage de Tignes
Lac du barrage de Roselend

Joseph Peyré, Matterhorn, 1939.
Dix ans plus tard, les choses ne sont pas améliorés. Pire, elles sont dites explicitement. Au rayon des femmes qui se mouvent dans le microcosme de Zermatt en été : la paysanne sans voix qui passe son temps à attendre son fiancé guide de haute montagne, l'américaine hystérique qui veut coûte que coûte bâtir une sorte d'hospice catholique en haut du Cervin, et la touriste fortunée et malheureuse en amour qui croit dur comme fer que de grimper au Cervin avec son mari pourra ressouder leur couple. Reconnaissons cependant que, niveau folie, les hommes ne sont pas en reste puisqu'un dément ayant construit un Matterhorn en carton dans sa résidence d'été y place avec minutie les petites croix qui symbolisent les morts tombés sur les différentes parois. Sa voix prophétique dit à quel point cette montagne rend fou et suscite des passions incontrôlées, mêlant la peur et le désir illuminé. Kate, notre fameuse touriste fortunée, choisit de prendre comme guide le robuste Jos-Mari afin de suivre avec lui l'entraînement long et nécessaire qui pourra lui permettre d'améliorer sa condition physique et ainsi gravir le Cervin. Les amateurs de montagne pourront ici faire abstraction de tout le côté niais de leur relation et de l'absence d'action pour savourer de belles pages d'écriture montagnarde. Là-dessus, on ne va pas cracher dans la soupe lorsqu'on nous propose de si belles descriptions des sommets et des ascensions. Ni lorsque les guides - également sauveteurs - y sont présentés comme des demi-héros. Remarquons simplement que la montagne leur est réservée, que c'est une affaire d'hommes et de virilité. La femme, elle, est une pauvre créature frêle, aux capacités physiques extrêmement limitées, voire inexistantes et qui est comme un intrus dans ce milieu écrasé de machisme. Certaines phrases du livres le disent d'ailleurs de manière totalement explicite. 

Alors quoi ?
Alors, d'une part, malgré mes critiques, j'ai beaucoup aimé lire ces deux livres. Le premier, parce qu'il raconte une histoire dans des paysages qui me sont chers et qu'il fait écho à tous les autres villages des Alpes qui seront noyés dans les années suivantes. Le second, parce qu'il évoque le Cervin, ce sommet mythique que j'ai eu la chance d'approcher adolescente et dont la force m'a marquée à vie, dans une écriture beaucoup plus riche et intéressante que le premier roman. 
D'autre part, cela m'amène à me poser les questions suivantes : le milieu de l'alpinisme est-il toujours misogyne ? Si on regarde la place des femmes dans les grandes ascensions himalayennes encore teintées de nationalisme des années 50 - 60, on ne peut pas vraiment dire que les choses se soient améliorées. Les exploits féminins sont-ils autant valorisés que ceux des hommes ? Le statut de héros ne se décline-t-il pas essentiellement au masculin ? 
Mon enquête sur la misogynie des cimes ne fait que commencer... 

mercredi 6 septembre 2017

S'évader aux Mureaux

C'est à une véritable campagne de réhabilitation que nous allons nous livrer aujourd'hui. C'est en choisissant des photos pour mon autre blog...

PAGE DE PUB ! Oui, alors, j'ai un autre blog qui s'appelle "Chroniques de la Pampa" que vous pouvez lire ici et où je parle maison, jardin, plantes, cuisine, DIY un peu mais pas trop parce que bon je ne suis pas très DIY en fait, santé, yoga, bien-être et d'autres choses incroyables et dont je suis assez fière. Du blog, pas des choses incroyables que je raconte parce que bon je ne suis pas si narcissique tout de même. Quoique, quand on écrit un blog, on a envie qu'on nous lise donc on est forcément un peu narcissique quand même, non ? 

...que je suis retombée sur des photos qui m'ont ramenée à ce superbe endroit que j'ai beaucoup fréquenté. Et j'avais envie de vous montrer que non, les Mureaux, ce ne sont pas que les barres et les tours, les immeubles décrépis et les ruelles qui font peur même en plein jour. (D'accord, c'est beaucoup ça aussi). Mais ce n'est pas QUE ça. Les Mureaux, ce sont des bords de Seine, des étangs magiques à toutes les saisons, un voyage permanent. Vous croyez que j'en fais trop ? Sautez donc dans le train gare Saint Lazare direction Mantes la Jolie. Une demie-heure plus tard, vous êtes arrivés à destination. En réalité, l'endroit idyllique dont je vous parle se situe entre les communes des Mureaux, Verneuil sur Seine et Vernouillet. Il s'agit de plusieurs étangs alignés le long de la Seine. A cet endroit du grand fleuve, je me suis souvent, en voyant passer au ralenti les gigantesques porte-containers en direction de Rouen, prise à rêver de m'embarquer sur l'un de ces géants des mers pour voguer loin, très loin sur les océans, loin de la grisaille et des vicissitudes de ma vie de banlieusarde écœurée de stress. Pour les parisiens ayant un besoin impérieux de nature et d'espace, c'est l'endroit idéal. Base de loisirs (payante en été mais gratuite tout le reste de l'année), baignade surveillée, centre équestre, tennis, mini-golf, port de plaisance : de quoi se sentir en vacances pas très loin de chez soi. J'ai beaucoup parcouru ces chemins, "hors saison", au printemps, à l'automne, les jours d'hiver ensoleillés où la lumière était magnifique. Je me suis ressourcée, calmée, aérée, baladée, évadée. C'était mon voyage à deux pas de l'appart, mon petit coin à moi, loin du béton. Et c'était cool. Et j'y tiens beaucoup ! Amis parisiens, ne restez pas enfermés dans vos cages à lapin, prenez le train !
Et en images, ça donne ça :