mardi 25 juillet 2017

Le Jura vu d'en haut et de trois départements !

Le belvédère du moine
Dans le Doubs, les énormes maisons faites comme pour des géants sont  posées sur un immense plateau, à plus de 800 m d'altitude. Douceur d'un paysage que le regard parcourt sans entraves. Beauté rustique. La route entre Champagnole et Pontarlier est un enchantement. Au loin, les sommets qui marquent la frontière avec la Suisse forment une ligne plus foncée. Depuis le village de Renédale, on suit une jolie route qui nous conduit au belvédère du moine. Là, la vue panoramique embrasse le paysage et plonge quelques centaines de mètres plus bas dans la verte vallée. Les photos ne rendent pas la profondeur et écrasent le panorama, voici donc une petite vidéo !



Le Pic de l'Aigle
1 heure de marche aller / retour pour cette petite rando de mise en jambes qui en vaut la peine. Parfois, il n'est pas nécessaire de se tuer à la tâche pour voir de belles choses ! 
A l'entrée de La Chaux du Dombief, une route mène jusqu'au parking. De là, le sentier, d'abord large et pierreux, se fait plus étroit et entre dans le sous-bois, aménagé en escalier. Les 100 mètres de dénivelée semblent faciles, jusqu'à l'assaut final qui, lui, n'est pas si aisé : sentier étroit, raide, escalade de gros cailloux, pas évident pour des jambes d'enfant. Le jeu en vaut cependant la chandelle puisque, la table d'orientation nous l'indique, on peut voir en contrebas le grand lac d'Ilay, toute la vallée et le Mont Blanc... par temps clair. 



Le Crêt de Chalam
Une rando que les locaux font et refont, par tradition et par goût. Le Crêt de Chalam est une sorte de passage obligé. On gare la voiture dans le village de La Pesse, dans l'Ain, ou plutôt 3 km plus haut, au lieu dit "la borne du Lion", à une altitude honorable de 1289 m. Cette borne, posée au XVIème siècle, marquait la frontière entre le Royaume de France (qui avait repris des territoires à la Savoie) et la Franche Comté. Pendant longtemps, cette voie fut un lieu de passage, en particulier vers la Savoie. Site historique jusqu'au bout, on a aménagé à la borne au Lion un lieu de mémoire qui rend hommage aux résistants qui ont lutté ici pendant la deuxième guerre mondiale. Un mémorial est dédié aux maquisards de l'Ain et du Haut Jura. 
Une heure de montée tranquille dans un sous-bois ombragé, à photographier les fleurs et papoter. Et puis, les 5 dernières minutes... Il faut alors s'attaquer à la montée finale de ce pain de sucre raide pour atteindre le sommet. Les rondins qu'on a cru bon de poser sur le sentier sont parfois plus difficiles à franchir qu'un chemin de cailloux, c'est pourquoi certains randonneurs préfèrent les contourner. Comme souvent, les efforts en valent la peine. Nous sommes à 1545 m d'altitude. Tandis que les habitués du Crêt se sont installés tant bien que mal pour leur pique-nique ("qui veut du rosé ?", "qui veut du café?"), nous faisons des tours sur nous-mêmes afin de voir le paysage dans son ensemble. Un vieux monsieur : "Je suis monté un certain de nombre de fois au Crêt de Chalam, je n'ai jamais vu le Mont Blanc". Ce que nous confirme plus tard une autre régionale de l'étape. Coup de chance pour nous : toute la chaîne s'étale là sous nos yeux.  




Vidéo à l'appui ! 
(N.B. : le monsieur en vélo... l'a porté sur ses épaules à l'aller et au retour car le sentier n'est pas du tout adapté... et oui, il y avait une collection de mouches...) 

dimanche 23 juillet 2017

Les plus beaux villages de France... du Jura

Baume les messieurs
Le petit village est enserré entre les rochers, entre les murs minéraux de la reculée, ce cirque caractéristique des paysages jurassiens. En bas, la rivière s'écoule paisiblement. Plus loin, il est possible d'aller visiter la grotte et d'admirer la cascade. Tous les éléments typiques de la région y sont. Mais le clou de la visite reste bien sûr l'abbaye impériale. C'est de là que partit l'abbé Bernon pour aller fonder Cluny en 909. Ici vivaient des moines copistes obéissant à la règle de Saint Benoît. A la Révolution, l'abbaye fut vendue et elle appartient aujourd'hui à plusieurs propriétaires. Le superbe retable de style flamand est un véritable joyau qu'il faut se faire expliquer par le guide afin de comprendre tout le sens de cette bande-dessinée de l'époque, destinée à une population souvent analphabète. Croyant ou athée, l'œuvre d'art ne peut laisser personne indifférent tant le travail est minutieux et le résultat somptueux. 



Château-Chalon
A quelques kilomètres de Lons le Saunier, le village se situe sur un promontoire et n'a pas volé son inscription à la liste des plus beaux villages de France. C'est clairement notre coup de cœur. La centaine d'habitants qui vivent ici à l'année sont entourés par les vignes et sont souvent eux-mêmes en relation avec la production de vin. Il faut déambuler au matin dans les ruelles, entre les maisons de pierre aux murs épais, passer à côté de la petite chapelle de pierre, observer discrètement la vie du village qui se déroule sous nos yeux de visiteurs privilégiés. Il faut ranger son guide et son appareil photo et voir la tasse de café prise sur le pas de la porte, les salutations passées au-dessus des portails en bois, l'existence paisible de ces gens-là. Et puis, il faut emprunter la route étroite comme une rigole entre les vagues vertes des vignes et se rendre dans deux autres villages au mêmes murs de pierres : Ménétrol le Vignoble et Frontenay, dont le château est privé mais où on permet cependant de se promener dans la cour et les jardins, jusqu'à l'église du village entourée par les tombes du cimetière ombragé et sans barrières. Trois villages dont on ne connaît souvent que le premier, or les trois méritent le détour. 



Lods
On arrive dans ce petit bijou du Doubs par un pont ancien qui enjambe gracieusement la Loue, rivière qui franchit plusieurs déversoirs, témoins de la présence d'anciennes forges autour du village. Mais interdiction de se contenter du bas ! Au prix de quelques efforts, les ruelles en pente nous conduisent tout en haut, là où la vue embrasse le paysage et offre une vue sans pareille sur Lods. Au passage, on peut s'attarder autour de l'église et des carrés de jardin à l'ancienne abrités par les hauts murs de l'édifice. Ou encore y entrer, en faisant bien attention de ne pas déranger les hirondelles qui ont décidé de faire leur nid juste au-dessus de la porte. Un peu en contrebas, on accède par des escaliers un peu raides à l'ancien lavoir. Un village aux maisons fleuries, très bien rénovées et dans lequel le temps s'arrête et nous laisse admiratifs devant tant de beauté. 



La Frasnée
Celui-ci n'apparaît pas au classement des plus beaux villages de France mais nous prenons sur nous de l'inscrire ! Tout près de Clairvaux les Lacs, la Fasnée est, comme Baume les Messieurs, située dans une reculée caractéristique. Beaucoup plus petit, la promenade n'en reste pas moins très agréable, entre ses petites rues, dans le joli jardin aménagé derrière l'église au clocher de tuiles vernissées qui brillent au soleil, ou plus loin sur les chemins forestiers. Si l'on est un peu téméraire, on peut grimper le long de la cascade, mais attention, le chemin n'est pas sécurisé. Pour une petite faim, le restaurant La Cascade propose des truites de rivière, celle-là même qui passe sous le petit pont à l'entrée du village. Nous, on aime beaucoup la Frasnée ! 

samedi 22 juillet 2017

Précis de gastronomie jurassienne

En hiver, il fait froid dans le Jura. Ce qui a pour conséquence l'existence dans cette superbe région d'une gastronomie, disons, riche. Les fromages sont légion, les charcuteries et salaisons, les viandes et les poissons de rivière, les vins de caractère, tout concorde pour remettre sur pieds des estomacs vaincus par le froid. Si en été les températures sont très éloignées des moins 20 ou moins 30 degrés ressentis lors des rigoureux et longs hivers, nous ne nous sommes pas privés pour goûter un certain nombre de plats et breuvages typiques. 
C'est en fait la géographie qui fait le menu. Il ne faut pas oublier que nous nous trouvons dans un massif montagneux : les troupeaux paissent tranquillement l'été dans les alpages fleuris et verdoyants, permettant ainsi la fabrication de merveilleux fromages comme le morbier, le mont-d'or, la cancoillotte, et l'inénarrable comté dont on peut visiter les célèbres caves situées dans le fort des Rousses. La variété des charcuteries étonne elle aussi : le délicieux bresi (viande de bœuf séchée), tous les "fumés" (de la saucisse au jambon), mets qui ont l'avantage de se conserver longtemps, très pratique dans les contrées isolées. Si l'on s'écarte un peu des sommets, on rencontre une infinité de collines, en fait de coteaux couverts de vignes qui, là encore, donnent des vins renommés aux saveurs bien particulières : côtes du Jura, Arbois, vin jaune, savagnin, macvin. Je ne suis pas connaisseuse, mais je suis devenue adepte de ces saveurs fruitées et au caractère affirmé ! Enfin, les multiples rivières, dont nous reparlerons, regorgent de poissons et notamment de truites. 
Et où trouver tous ces produits ? Dans ce que l'on appelle des "fruitières". Impossible de ne pas en croiser une sur votre route. Ce sont des coopératives, vinicoles ou fromagères, qui proposent des produits de différents producteurs locaux. 

Les plats que l'on a goûtés et appréciés :
- la truite sauce comté
- la croûte forestière aux morilles
- les diots au comté
- les rösti (râpé de pommes de terre avec oignons et lardons, ainsi qu'une tranche de morbier fondu dessus. A l'origine un plat suisse)
Nos bonnes adresses :
Le Port de la Saisse
39130 Pont de Poitte
Tous les lundis matin de l'été, le marché des producteurs locaux s'installe au bord des méandres de l'Ain, dans ce paradis des pêcheurs. C'est toujours un plaisir d'acheter de bons produits, de causer avec les marchands et de rentrer chez soi cuisiner un bon petit plat avec son panier du marché. En plus, le cadre est idyllique ! 

39210 Baume les messieurs
Bien évidemment, nous reviendrons sur ce village et sur d'autres, estampillés "plus beaux villages de France". Outre la situation privilégiée, nous avons pu goûter au savoir faire sucré du restaurant lors d'un goûter mémorable : glaces maison, jus de pommes bio et tarte aux abricots maison. Je n'en avais jamais mangé une aussi bonne ! 

25520 Renédale
Oubliez la montre. Déconnectez-vous. Entourée d'alpage, dans un paysage bucolique et enchanteur, l'auberge vous accueille dans la fraîcheur de l'altitude. Elle est majoritairement investie par les locaux. Quelques randonneurs viennent y faire une halte. Les produits sont locaux et les spécialités jurassiennes sont à l'honneur. Pourtant, rien d'étouffant. Ici, on redécouvre les saveurs. La présentation est soignée, les assiettes sont belles et savoureuses. C'est l'équilibre parfait entre la finesse et la générosité, entre le terroir et l'élégance. Je ne vous parle même pas de cette crème brûlée au Pontarlier-anis qui m'a transfiguré les papilles... C'est sans hésiter notre adresse du séjour ! 

jeudi 6 juillet 2017

Bienvenue à Marly Gomont

L'histoire d'une famille noire qui s'installe en Picardie. Le scénario idéal pour un navet. Sauf que ce film, c'est l'anti "Bienvenue chez les ch'tis". L'anti comique lourd, l'anti cliché, l'anti couru d'avance. D'abord parce que c'est une histoire vraie : celle du rappeur Kamini et l'arrivée de ses parents à Marly Gomont. Ensuite parce qu'elle est racontée avec poésie, juste ce qu'il faut de rire et beaucoup de tendresse. Nous sommes en 1975. Un bled paumé du nord de Paris cherche désespérément un médecin. Monsieur Zantoko vient d'obtenir son diplôme en France : ils sont faits pour se rencontrer. Sauf que contrairement à ce que madame Zantoko a compris, Marly Gomont, c'est loin d'être Paris. Il pleut tout le temps. Il n'y a strictement rien aux alentours et les habitants... n'ont jamais vu de noirs. Ce qu'on n'a pas dit, c'est que les époux et leurs deux enfants -dont Kamini- viennent tout droit de Kinshasa. De la ville, quoi. Et c'est là que le scénario (ou bien est-ce la réalité qui dépasse la fiction ?) est très fort, parce que les bouseux, les sauvages, les arriérés, dans l'affaire, ce sont les autochtones, les Picards avec leur esprit étriqué par l'ignorance. Au contraire, les nouveaux arrivant africains sont distingués, éduqués, cultivés. Les idées préconçues prisent à contre-pied. Il va falloir bien des tentatives d'approche, bien des jours vides de patients dans la salle d'attente du nouveau médecin, bien des barrières à faire tomber et des obstacles à surmonter avant que la rencontre ne se fasse réellement entre les habitants du village et leurs hôtes africains. Ce qu'on aime, ce qu'on adore, ce sont ces images aux couleurs passées comme des photos de l'époque, cette finesse à l'heure d'aborder ce qui est aurait pu être un gros pavé lancé dans la mare, ce traitement attendri des personnages qui nous renvoie aux excellents films de Ken Loach. Je pourrais encore et encore parler de ce film qui me trotte dans la tête depuis hier soir. Comme une envie de le revoir. Parce que ça fait du bien.
Deux choses à regarder en boucle. La bande annonce :


Le clip de l'excellent Kamini :

mardi 20 juin 2017

Alexis Zorba

Nikos Kazantzaki, Alexis Zorba, 1946.
Il y a littérature et Littérature. Il y a les livres qu'on lit par centaines tout au long de l'année et qu'on trouve "bons", "bien", "intéressants", etc. Et il y a les Livres avec un L majuscule que l'on ne qualifie pas. Alexis Zorba est de ceux-là. 

Ayant entendu parler du film "Zorba le grec", mon inculture littéraire m'a fait craindre un résumé folklorique de la Grèce au début du XXème siècle. Or, je viens de (re) découvrir ce que contient le mot "chef d'œuvre"...
Et de me rendre compte qu'à mon grand regret, j'en ai lu trop peu, des chefs d'œuvres. Passons. Le protagoniste, écrivain semble-t-il, "souris papivore", fait la rencontre dans un café d'une sorte d'antithèse de lui-même en la personne de Zorba. Si le premier cherche dans les livres et dans les interrogations métaphysiques aussi insondables qu'un puits sans fond le sens de son existence, le second est à lui seul une ode à l'expérience, à la vitalité, à l'instinct primaire dans ce qu'il a d'élan vital le plus pur. Tout un poème. Ensemble, ils décident de s'embarquer pour la Crète et d'y exploiter une mine de lignite. Au coin du feu, le soir, dans leur baraque face à la mer, les discussions vont bon train et les caractères se découvrent. Ce narrateur qui, à la première personne, nous livre ses questionnements existentiels, lesquels, plus il semble en saisir l'essence, plus ils lui échappent ; et ce fameux Zorba qui lui remet constamment les idées en place, prônant quant à lui un bon sens acquis aux épreuves de la vie et qui lui confère une liberté sans bornes. Pas d'avant, pas d'après, juste le moment présent et l'œil qui redécouvre chaque matin le monde avec étonnement. 
Que dire de plus ? Dire que la Grèce, sans être évoquée précisément, transpire à chaque page de saveurs, de musiques, de traditions et de paysages. Et cette suggestions géographique et culturelle habile est une sorte de décor théâtral quasi onirique, pour ce poème en prose inégalé. Dire aussi que pendant la lecture, à chaque mot, à chaque tournure, on déguste en souriant de la grande littérature comme on devrait toujours en mettre avec gourmandise dans notre assiette. Une sorte de tableau où chaque touche de couleur serait maîtrisée. Une pièce musicale dans laquelle chaque note serait parfaitement juste et à sa place. Une œuvre totale où le langage, l'histoire, les personnages, les réflexions qu'ils nous amènent sur un plateau d'argent nous font crier haut et fort qu'il faut absolument la mettre entre toutes les mains. Parce que tout y est dit. 

lundi 12 juin 2017

Illimani, la lumière du monde

Jean-François Bouygues, Illimani, la lumière du monde, 2017.
Je viens de venir à bout des 600 et quelques pages de ce pavé touristico-mystico-populo-initiatique. J'écris cet article à chaud, mais je pense qu'il me faudrait encore une certaine distance temporelle avant de rendre mon verdict : ai-je aimé ou pas ? suis-je conquise ou déçue ? vais-je l'encenser ou le détruire ? C'est donc sans filet que je me lance dans ma chronique. 

Les points positifs
Amoureux de la montagne, ce livre est pour vous. De Chamonix aux Andes, notre auteur, qui semble au demeurant ultra documenté, nous balade dans des paysages à couper le souffle, dans la description desquels, fois de montagnardes, j'ai parfaitement reconnu les lieux. Qu'il s'agisse des Alpes ou de La Paz, la capitale bolivienne, les références sont exactes et, il faut le dire, relativement exemptes de toute tentative folklorisante. On s'y croirait, vraiment. Les rues, les sommets alentours, les gens. L'esprit de chaque endroit y est dépeint avec une exactitude qui force le respect. Un point très positif donc, puisqu'il est très rare que j'envoie des brassées de roses aux romans qui se sont piqués d'aborder le sujet de la Bolivie. Pour ce qui est de l'alpinisme, et bien que je ne sois pas une experte ès grimpette, le côté technique paraît juste. Quelques références à l'Espagne et notamment à l'Andalousie, un vrai voyage, en somme. 
Les points négatifs
Des descriptions qui tiennent fatalement parfois du dépliant touristique. L'auteur fait faire à ses personnages des compte-rendus détaillés, historiques et culturels, qui donnent une certaine lourdeur à l'histoire. Peut-être sa passion pour les lieux, son envie de bien les présenter, en toute fidélité, son désir de nous instruire. Je ne suis pas objective, je connais tout cela. Pour quelqu'un qui ignore tout de la Haute Savoie ou de la Bolivie, pourquoi pas, même s'il existe un risque de perdre le lecteur. Pour sa défense, je répète que j'ai guetté la faute, la boulette, l'erreur fatale... et que je n'en ai pour ainsi dire pas trouvé. Examen réussi, malgré tout. De justesse. Là où j'ai senti poindre l'exaspération, c'est dans les multiples références à la culture populaire (télévisuelle, cinématographique, littéraire, culturelle). Quelquefois, passons. Cependant, de manière répétitive et quasi systématique, j'avoue, cela m'a lassée. Trop, c'est trop. Des citations d'Alphonse Allais, de Luis Mariano et du Da Vinci Code, pêle-mêle, au beau milieu de l'écrit. Je n'ai pas accroché au concept. Ce qui me plaît, dans l'intertextualité, ce sont les références habiles à d'autres auteurs ou des répliques célèbres lorsque cela se fait en toute harmonie. Tout le contraire d'une phrase présentée entre guillemets avec une note de bas de page systématique destinée au lecteur ahuri et à qui l'on dit "eh, t'as vu, j'ai cité une chanson de Renaud !". Faire confiance au lecteur, toujours. Ne jamais le sous-estimer sous peine de le vexer. 
Pourquoi j'ai lu le livre jusqu'au bout alors qu'il dépasse les 600 pages 
Alors oui, j'ai été agacée. Oui, le côté mystique poussé à la limite de la caricature m'a fait hérisser le poil, m'a presque fait sourire tellement c'était gros, tellement le dénouement était annoncé dès les premières pages ou presque. Non, je n'ai pas été confrontée à un style littéraire transcendant qui m'a fait dresser le poil. Mais, mais, mais... Les personnages sont bien construits, possèdent un véritable caractère, un parcours de vie et un langage qui leur est propre. Donc on s'intéresse à eux. Ils reflètent aussi des questionnements existentiels et des failles qui sont universels. Donc on s'attache. Le fait de faire alterner leurs voix façon roman choral en les transformant tour à tour en narrateur est assez bien joué. Donc on les suit. Donc on ne s'ennuie pas. Donc on finit la lecture des 600 pages sans rechigner. CQFD. Le roman initiatique, quand il s'appuie sur des protagonistes aux contours bien dessinés et qu'il se situe dans des lieux parfaitement décrits, est forcément réussi. Vers la 598 ème page, je me suis demandée si, dans le cas d'un roman situé dans le Sahara Marocain, en Ukraine et en Thaïlande, j'aurais terminé cette lecture. Je n'en sais strictement rien. Le bagage culturel qu'il véhicule, c'est toute mon enfance, c'est toute ma vie. Évidemment, ça joue. Cependant, je laisse le bénéfice du doute. Et je le conseille. Allez donc faire un tour aux pieds des neiges éternelles de l'Illimani. Suivez donc un moment les pas de Solo, à la recherche de son père et de lui-même. Et avec un peu de chance, ça vous remettra les idées en place. Peut-être même que ça vous donnera envie de voyager. 
Illimani - La Paz - février 2014

mercredi 7 juin 2017

Je voyage donc je (f)(s)uis

Chambre d'enfant, sas de compression. Cloître des rêves qui tournent en rond. Pénitence. Stagnation. Envol mental, shoot de mots exotiques, de langues et de races. Drogue dure du voyage immobile. Sous perfusion. L'ailleurs comme un paradis. El Dorado inassouvi. Regarder par la fenêtre, vouloir voir du pays comme on se projette contre un mur. Tête première. Yeux fermés. S'anesthésier à l'odeur fantasmée des parfums d'épices et de goyave. 
A la moindre occasion, prendre la poudre d'escampette. Ne plus savoir pourquoi mais aller droit devant. Sans plus réfléchir. Sans faiblir. Sans plus jamais regarder en arrière. Quitter l'antichambre de la frustration et s'envoler...
Comme une addiction, ne plus pouvoir s'en passer. Recommencer. 
Partir. Revenir. Repartir et revenir pour repartir. Devenir. Grandir. 
Mauvais réflexe. Fuir. Au moindre obstacle, haie contournée, voiture, clé des champs, école buissonnière. Régler le conflit par la distance. Échapper au miroir. Lâcheté ? Peur d'être engluée. Routine redoutée. Crainte de la chaîne, corde qui tire. Fauve en furie. Psychanalyse du voyage en tant que fuite. 
Réconciliation. Voir du pays. Jouer la touriste. S'extasier en toute sécurité, s'émerveiller. Photographie de l'instant. Plaisir. Bien-être. Ailleurs. Bien être ailleurs, et ici ? Faire ce qu'on peut. Les souvenirs comme des béquilles du quotidien. Eau qui dort. Se méfier. Amazone de désir, serpent de mer, fauve en cage. Joie de vivre. Fourmis dans les jambes. Sérénité. Épine dans le pied. Stabilité émotionnelle. Course intérieure. Retenue. Petite sœur intrépide à qui il faut de temps en temps lâcher la bride sous peine d'implosion. Escapades régulières. Matin, midi et soir. Traitement de fond. Décompression. Soupape. Rêves qui dansent. Flash back. Chambre d'enfant. Attendrissement. 
Souvenir d'une course folle vers la montagne - Vercors - Issue de secours - Bout du tunnel

mardi 6 juin 2017

Les alpinistes

Yves Ballu, Les alpinistes, 1984.
"Pourquoi ?". Ainsi s'intitule le dernier chapitre du livre d'Yves Ballu. Reprenons depuis le début afin de mieux comprendre comment on aboutit à cette question. 

L'épopée alpine commence dans les années 1750, lorsque Saussure, naturaliste genevoix, Paccard, médecin à Chamonix et le savoyard Balmat se mettent en tête de gravir le Mont Blanc. A partir de ce moment, c'est une série d'aventuriers et de savants en tous genres qui vont se piquer de devenir des alpinistes d'un jour...
Véritables expéditions scientifiques (le rituel veut qu'ensuite chaque vainqueur de la cime fasse bouillir de l'eau au sommet) pourtant sous équipées à l'époque, c'est accompagnées de guides locaux et expérimentés que celles-ci mènent à bien leurs conquêtes. Même les femmes s'y mettent ! Quitte à partir armées de longues jupes qu'elles ôtent une fois les derniers yeux observateurs éloignés, afin de ne garder qu'un pantalon, plus apte à ce genre de sport. Les meilleurs guides commencent à prendre une importance folle et sont de plus en plus sollicités par des clients exigeants et avides de résultats. C'est la naissance de la profession. Les "premières" s'enchaînent... ainsi que les premiers accidents. Dramatiques, certaines ascensions se terminent en véritable scénario catastrophe, faisant virer au cauchemar la belle aventure humaine. Contre la montagne, l'homme ne peut rien. Certes, les succès sont légions, mais pour chaque réussite, combien d'échecs ? Combien de disparus, d'enfouis sous des avalanches, de congelés dans des crevasses, de membres gelés, de morts de fatigue ? Ce qui frappe le plus dans ces récits, se sont ces hommes a priori valeureux, solides, forts, qui finissent par tellement ralentir le pas qu'ils s'arrêtent, s'assoient et meurent. Une véritable hécatombe à travers les siècles. La question de l'équipement se pose sur le devant de la scène dans les années 60-70-80. Faut-il encore monter "à l'ancienne", sans cordes et sans pitons préalablement installés sur le versant, ou bien faut-il au contraire profiter des progrès technologiques pour "assurer" un minimum de sécurité (en sachant que le fait de s'encorder a aussi provoqué des chutes en série d'une cordée tout entière, quand des grimpeurs en solo n'auraient pas entraîné leurs camarades dans leur chute) ? Le débat reste entier. Le livre date un peu mais, à l'heure actuelle, la problématique reste inchangée, tout comme celle qui cherche à déterminer quelle est la part de passion et quelle est la part de soif de gloire dans l'alpinisme. Quand on lit les chapitres consacrés à l'alpinisme pendant la seconde guerre mondiale et la course aux sommets menée par le régime nazi, on a envie, effectivement, de méditer longuement sur la question. Aimer la montagne, c'est peut-être aussi la laisser à ce qu'elle est, une entité presque divine, imprévisible et qui nous dépasse, dans tous les sens du terme. C'est peut-être avoir la sagesse de la regarder de loin sans vouloir la dominer, la respecter comme on la respecte dans les Andes, où les alpinistes désireux de lui monter dessus doivent en demander l'autorisation aux sages du villages. Puisque la montagne est une déesse. 

lundi 5 juin 2017

Le Nord dans notre assiette

Envie de cuisiner (comme souvent). Envie de réaliser un plat que j'avais particulièrement aimé lors de notre road trip dans le Nord (qu'on avait particulièrement aimé). Bref : envie de carbonnade flamande !
Alors, pour la carbonnade flamande, il faut du pain d'épices. Alors j'ai fait du pain d'épices !
150 g de farine de blé
100 g de farine de riz (c'est plus léger)
1 sachet de levure chimique
du sucre vanillé 
100 g de sucre
1 c/ café de cannelle
1 c/café de noix de muscade râpée 
1 c/café de quatre épices
Mélangez-moi tout ça.
250 g de miel à faire chauffer dans une casserole, puis à incorporer dans la farine avec deux œufs et 10 cl de lait. Mélanger avec une cuillère en bois, délicatement. Petite remarque : je n'avais ni gingembre, ni anis vert. Bon, j'ai mis un peu de jus de citron. Le résultat est juste délicieux ! Quant à l'odeur dans toute la maison pendant l'heure que dure la cuisson au four à 180°... un poème...



Ensuite, la carbonnade flamande !
Faire revenir dans le beurre environ 1 kg de jarret de bœuf (pour 4 personnes) puis réserver. 
Dans la même casserole, faire dorer 2 oignons et ajouter de la cassonade et du vinaigre pour caraméliser les oignons. Remettre la viande et la saupoudrer de farine. 
C'est le moment tant attendu : celui de verser 75 cl de bière (j'ai pris de la Leffe brune) dans la cocotte. Regarder mousser, sentir les arômes qui se dégagent déjà... Rêver du déjeuner du lendemain...
Et là, le pain d'épices entre en scène ! Enduire 4 tranches de pain d'épices avec de la moutarde forte et les poser dans la cocotte. Laisser fondre. Mélanger doucement. Oublier la cuisine et laissez mijoter. Prenez un bon bouquin. Deux heures, trois heures, le temps ne compte plus. 
Le lendemain, faire réchauffer la carbonnade. Oui, c'est meilleur le lendemain. Avec des petites pommes de terre sautées maisons... se téléporter dans le Nord... Car oui, la cuisine, c'est déjà le voyage. 






(et oui.. (et alors ?!)... je photographie la viande quand je cuisine.) 

dimanche 14 mai 2017

Visite express à Bercy, entre sport, balade et shopping

Le sport
L'Accor Hôtel Arena, ex POBP, est une salle incroyable pour voir du sport de haut niveau dans une ambiance survoltée. Après les championnats du monde de handball où nous étions entourés de Danois pas si flegmatiques que leur réputation ne le laisse supposer et des Egyptiens fidèles à leur sang chaud méditerranéen, nous nous sommes frottés ce week-end au public du championnat du monde de hockey sur glace, sport dont nous suivons assidûment les péripéties outre Atlantique. Nous avons donc enchaîné trois matchs dans la journée et avons croisé des Biélorusses, des Slovènes, des Norvégiens et des Finlandais, mais nous n'avions encore rien vu jusqu'au dernier match : le Suisse - Canada que nous attendions. Noyés dans une marée rouge et blanche d'Helvètes au comble de l'excitation, nous nous sommes difficilement frayé un chemin entre les costumes de vaches alpines, les drapeaux, écharpes, chapeaux et chants hurlés en suisse allemand, nous... pauvres supporters canadiens esseulés ! Transportés dans la salle par 12 000 personnes en furie, nous avons assisté à un événement tout à fait marquant. Toute la Suisse semblait avoir été vidée de ses habitants tant la densité était forte dans Bercy et dans tout le quartier ! Ce sont des moments comme cela qui nous autorisent à penser que les gens sont encore capables de se rassembler pour des choses positives... même si la Suisse a finalement battu le Canada champion du monde en titre et que nous nous sommes faits... tout petits petits... Malgré la défaite, quel frisson de voir évoluer à quelques mètres de nous les joueurs que nous admirons tout le reste du temps devant notre petit écran ! 

La balade
Après toute cette agitation, il nous fallait de la verdure, de l'oxygène, de l'espace. Nous les avons trouvés dans le super et grand parc Yitzhac Rabin, à quelques pas de l'arène sportive. Situé sur l'emplacement des anciens entrepôts de vin (on peut encore voir les vestiges des rails), les trois jardins qui composent le parc ont chacun leur caractère. Près de Bercy, on trouve d'abord les prairies, puis la partie plus pédagogique des parterres qui comprend également la "maison du jardinage", une véritable mine d'or pour les jardiniers professionnels ou amateurs. Centre de ressources, conseils, partage, tout tend à prouver qu'il est tout à fait possible de jardiner en ville. Plus encore, le parc nous incite à végétaliser, cultiver, faire pousser, reverdir les métropoles pour les rendre plus humaines. Plus loin, on passe une passerelle et on se retrouve dans les jardins romantiques et leurs jolis bassins sur lesquels nagent des poules d'eau et se dressent des hérons. On ne se croirait presque plus en ville. Le bruit des voitures a disparu, les immeubles sont cachés par la végétation, un vrai bonheur que ce jardin. 




Le shopping
Il y a l'immensité snob des Champs Elysées... et le shopping à taille humaine de Bercy Village. Si toutes les rues et tous les passages portent des noms de grands crus, c'est parce que le quartier abritait les chais qui ont vu vivre le plus grand marché viticole du XIXème siècle. Aujourd'hui, les chais sont rénovés et transformés en boutiques. Le cour Saint Emilion reste l'endroit emblématique de ce quartier, avec ses rues pavées et son ambiance villageoise. Certes, un village chic. Les magasins qui le peuplent ne s'adressent pas à des portefeuilles trop restreints puisqu'il s'agit pour l'essentiel de grandes marques de thé, de vêtements, de décoration ou d'épiceries fines. C'est l'anti marché aux puces de Montreuil. Très bobo, l'endroit est agréablement nuancé par l'omniprésence de touristes (en particulier en cette période de grand événement sportif). Les restaurants ne sont pas en reste (sans jeux de mots ou avec), puisqu'on peut profiter de la gastronomie à la française, de bons vins et de terrasses agréables pour des prix raisonnables. J'aime beaucoup ce quartier de Paris ! 

Les alentours
- Le Parc de Bercy, où les familles pique-niquent, les sportifs exhibent leur musculature et les flâneurs flânent. 
- Les bords de Seine pour observer le va et vient des péniches, s'embrasser en amoureux ou aller voir des concerts sur des bateaux. 
- Le musée des Arts Forains pour passer un excellent moment de divertissement et d'émerveillement, retomber en enfance et rire aux éclats.
- La cinémathèque française qui ravira les amateurs du 7ème art.
- Le Ministère de l'Economie (de nos impôts) pour son architecture moderne époustouflante.