dimanche 18 février 2018

Ces extravagantes sœurs Mitford

Annie Le Floc'hmoan, Ces extravagantes sœurs Mitford, 2002.
Si les cours d'histoire à l'école étaient dispensés de la sorte, on en retiendrait plus de choses et ce serait beaucoup plus passionnant. Une liste de dates, une chronologie ou une énumération de grands noms et de batailles célèbres restent abstraites tant qu'on ne les met pas en relation avec la "petite" histoire, celle des gens, de l'anecdotique, celle où les grands événements coïncident avec le récit personnel et familial. La vie des sœurs Mitford est l'illustration parfaite de ces personnages dont l'existence croise le chemin de l'Histoire et qui jouent un rôle dans le déroulement de cette dernière. N'allons cependant pas croire qu'il s'agisse d'une famille lambda. Les Mitford sont tout ce qu'il y a de plus aristocratique et conservateur, des nobles comme on n'en fait plus. Est-ce l'originalité de leur père qui aime à s'entourer d'animaux et à vivre dans des endroits improbables, qui à une époque se fait chercheur d'or au Canada ? Est-ce parce qu'aucune des filles n'est allée à l'école et a dû se créer une vie intérieure infiniment riche afin de survivre à l'ennui et au manque d'amour (les enfants nobles étaient à l'époque élevés par une nourrice et n'avaient que deux brefs contacts par jour avec leur mère) ? Les sœurs Mitford ont en tout cas développé des stratégies originales pour combler les vides : elles lisent énormément, s'inventent une langue bien à elles et chacune s'enferme dans ses rêves. Ce sont la poursuite de ces rêves et de ces ambitions, ainsi que des caractères bien trempés qui ne souffrent pas la contradiction qui les amèneront à sortir très tôt du carcan et à vivre des expériences hors normes. A dix-huit ans, lors du bal qui inaugure leur entrée dans le monde et ouvre la recherche aux prétendants fortunés, aucune des sœurs ou presque ne prend le chemin de la tradition. 

L'une se perd à Oxford avec des étudiants homosexuels, l'autre voue un culte à Hitler, star montante de la politique, une autre se prend de passion pour la lutte des républicains espagnols. Simples intérêts d'adolescentes en mal de sensations ? Pas vraiment car, entêtées dans leurs engouements peu communs, elles persistent et signent chacune dans leur voie. Nancy, l'aînée, fréquente le petit monde littéraire de Londres et finit par devenir un écrivain reconnu. Unity tombe littéralement en pâmoison devant Hitler, s'expatrie en Allemagne pour le suivre partout, en vraie groupie. Diana, qui a elle aussi fréquenté le Führer aux côtés de sa sœur, épouse un anglais sympathisant nazi de la première heure. Jessica, quant à elle, s'enfuit en Espagne afin d'aider les républicains dans leur lutte contre Franco mais ne parvient pas à participer vraiment à cette révolution. Qu'importe, elle ne renonce pas à ses idées, s'exile aux Etats-Unis avec son premier mari, adhère au Parti Communiste, prend fait et cause pour les déshérités et les noirs avec son second mari avocat, à une époque où il ne fait pas bon avoir des idées d'égalité et de fraternité au pays de l'oncle Sam. Sa trajectoire est sans aucun doute celle qui m'a le plus passionnée, puisqu'elle reste fidèle à ses idées jusqu'à sa mort et qu'elle transforme chaque cause qu'elle embrasse en victoire, produisant livres et articles, se battant contre la justice et les politiques et mobilisant des foules en faveur de chacun de ses combats. Le destin des deux dernières sœurs Mitford est plus conventionnel, étant donné que l'une devient duchesse du Devonshire et que l'autre finit sa vie en toute discrétion dans son domaine anglais, auprès de ses animaux. Et au-milieu de toutes ces femmes, il y a Tom, le fils dont le destin n'égalera jamais celui du reste de la fratrie. Il mourra pendant la seconde guerre mondiale. 
Ce qui est passionnant, dans ce récit très documenté, c'est à la fois le fait que les Mitford aient été partie prenante des événements mondiaux qui ont bouleversé la première moitié du XXème siècle, mais également leur propension, où qu'elles soient et quoi qu'elles fassent, à conserver la conscience de leur origine, un attachement indéfectible au lien familial malgré les différends idéologiques, ainsi qu'une élégance toute aristocratique dans leur comportement, leur manière de parler et d'écrire. Que l'on soit d'accord ou non avec leurs idées, on ne peut rester indifférent à leur parcours, à leur génie, à leur talent et à leur classe internationale. Franchement, si les cours d'histoire étaient dispensés de la sorte, avec en point de mire la vie de telles femmes, je reprendrais bien un peu d'école ! 

samedi 17 février 2018

Taxi Téhéran

J'avais beaucoup entendu parler de ce film, en particulier parce qu'il a reçu en 2015 l'Ours d'or à la Berlinale, et j'avais également lu des critiques très positives sur ce docu-fiction, ce vrai-faux documentaire où le jeu ne consiste même plus à distinguer l'acteur de l'amateur, le répété à l'avance du fortuit. Pendant 1h20, le jeu consiste à accepter le pacte que nous propose le réalisateur, tel un auteur qui nous prévient en préambule que tout n'est que fiction, mais qui nous invite à entrer dans celle-ci et à en accepter les règles. Jafar Panahi a choisi de s'installer au volant d'un taxi et de poser sur le tableau de bord de celui-ci une caméra qui, durant tout le temps que dure le film, va saisir le portrait des passagers qui vont se succéder dans le véhicule. Chaque personnage évoque tour à tour un aspect de l'Iran et / ou de la vie du cinéaste, les deux étant intrinsèquement liés. Le genre de concept casse-gueule qui peut donner soit un navet lent et sans intérêt, soit un chef-d'œuvre. Vous l'aurez compris, "Taxi Téhéran" appartient à la deuxième catégorie. Vous dire que l'on ne s'ennuie pas une seule seconde serait banal. Pendant 1h20, on est happé dans le mouvement, séduit, amusé, captivé par le message que chaque protagoniste nous délivre, comme autant de pièces d'un puzzle à reconstituer. Alors, ne pas en perdre une miette. Le fil conducteur, n'est pas tant le réalisateur / chauffeur de taxi que le pays lui-même, ou plutôt ses habitants dont le chœur parfois dissonant forme un personnage collectif, Panahi n'étant en fait que l'un d'entre eux. Les différentes voix évoquent le traditionalisme, l'esprit d'ouverture, la question de la religion, la superstition, la délinquance, la censure, la culture, la propagande d'état, la répression, l'amour du pays. Le tout étant intimement entremêlé sans qu'il soit possible d'opter complètement pour un avis tranché ou pour un autre. Jafar Panahi, grand homme, ne nous donne pas l'occasion de juger. Simplement, il laisse les questions se poser d'elles-mêmes, les faits se présenter tels qu'ils sont au travers d'anecdotes souvent cocasses, afin de nous permettre d'entrevoir un panorama réaliste et objectif de ce qu'est l'Iran aujourd'hui. Rien n'est simple et le manichéisme n'est surtout pas de mise : la réalité est multiple, complexe, schizophrène. On touche à l'absurde. Malgré tout, on entend parler de torture, de prison et on comprend rapidement pourquoi le travail de Panahi est censuré dans ce pays où la liberté d'expression n'est pas de mise. Cependant, si l'on regarde "Taxi Téhéran" sous l'angle pur de la création, une métaphore filée du travail artistique nous guide vers une réflexion universelle. Des références à certains films censurés de Panahi, en passant par les DVD interdits qui circulent sous le manteau, se pose la question du libre arbitre à l'heure de produire une œuvre. Tout comme la jeune nièce du réalisateur qui doit tourner un film dont on a sévèrement balisé les contours (port du voile pour les personnages, prénoms islamiques etc...), les créateurs des pays soi-disant "libres" ne se laissent-ils pas eux aussi guider par la bienséance, les conventions et l'auto-censure innée relative à leur éducation ou à la culture de leur pays ? Finalement, en nous prenant par la main pour nous faire pénétrer dans l'intimité de la capitale iranienne, c'est un message universel et intemporel que l'immense réalisateur nous délivre. Avec son air paisible et son sourire généreux, Panahi bouscule nos préjugés, questionne nos codes et bouleverse nos certitudes. A voir et revoir sans modération pour rire, réfléchir, voyager.
(Autant dire tout de suite que je vais essayer de voir ses autres films, car je n'ai pas du tout envie de m'arrêter là !) 
Ici, la bande annonce :



Et là la remise très émouvante de l'Ours d'or à la nièce de Panahi, qui n'a pas pu se déplacer puisque l'Iran l'interdit de sortir de son territoire :

lundi 12 février 2018

Rosinha mon canoë

José Mauro de Vasconcelos, Rosinha mon canoë, 1969.
Au début, j'ai entamé la lecture de ce bouquin récupéré par hasard pour le tester quant à l'âge des lecteurs auxquels il est destiné. J'ignore pourquoi, peut-être le titre, ou la photo de la couverture (certainement pas choisie par l'auteur mais plutôt par l'éditeur de la traduction française), mais je l'ai d'abord pressenti comme étant un livre pour enfant. C'est avec ce présupposé que j'ai lu les premières pages au fil desquelles, en effet, on se croirait dans un conte. En pleine forêt amazonienne, au Brésil, la jungle, les arbres, l'omniprésence des animaux, ces deux derniers groupes placés au même plan que les hommes. Le cycle de la vie, la faune et la flore comme personnages prépondérants de la peinture et pas seulement en tant que paysage. Et puis Ze Oroco qui mène sa barque le long du fleuve dans un mouvement continu qui n'a ni début ni fin, qui converse avec les indiens, qui véhicule des tas d'histoires sur les gens des deux rives, les villages, les indigènes. Le temps semble s'être arrêté, ou du moins s'écouler tellement lentement que l'on a tout le loisir de laisser parler les légendes et les contes. Seulement, ces histoires du fleuve, c'est le canoë de Ze Oroco qui les lui susurre à l'oreille. Oui, la barque parle. Entre eux se tissent d'interminables conversations autour du feu, sur la plage. Joli tableau, n'est-ce pas ?

Je comprends rapidement que nous ne nous trouvons pas au cœur d'un livre pour enfant mais bel et bien entre les pages magistrales d'une œuvre du réalisme magique latino-américain, ce courant littéraire qui a connu de belles heures à la moitié du XXème siècle. Pas besoin de plus d'indices pour identifier ce concept inimitable que ce long passage conté dans lequel les arbres conversent. De la naissance jusqu'à la mort, on observe les végétaux à la loupe ou, plutôt, on est plongé dans leur monde, on entend leur point de vue sur les caprices du fleuve, la vie, la souffrance, la joie, le rythme des saisons. Ce monde enchanté transmet également un message : celui de la nécessité de protéger la nature, d'en prendre soin comme s'il s'agissait de nous-mêmes, de respecter sa diversité et son temps qui n'est pas celui des hommes. Les hommes qui se divisent en deux catégories : ceux qui s'intègrent dans la biodiversité sans en impacter le fonctionnement millénaire et ceux qui en perturbent le fonctionnement dans le seul but d'en tirer un profit. Tueurs de crocodiles, abatteurs d'arbres s'opposent à quelqu'un comme Ze Oroco qui serait le chantre de ce monde merveilleux et harmonieux pourtant sur le fil, harcelé par la modernité et l'ignorance.
Le personnage qui incarne cette menace, c'est le docteur. Blanc venu de la grande ville, il apporte tout autant son savoir médical pour soigner la population du village qu'un état d'esprit opposé à celui que nous venons de décrire précédemment. Il veut absolument rencontrer Ze Oroco, dans le but de l'emmener avec lui en ville et de le faire interner dans une structure psychiatrique afin de guérir sa tendance à entendre des voix. A ce moment du récit, définitivement, on entre dans la tragédie. A l'hôpital, Ze Oroco devient fou. Car, à nos yeux déjà séduits par son mode de vie proche de la nature et sensibilisés aux beautés et aux richesses de celle-ci, ce sont les blancs, les malades. Eux qui vivent dans le béton, qui refusent toute interaction avec le vivant, qui s'obstinent à enfermer le protagoniste dans une logique matérialiste qui exclut toute relation avec le langage des arbres et des animaux. A chaque fois que la forêt se manifeste à lui, Ze Oroco subit les pires tortures de la part de ses geôliers. Au bout de trois ans, il est enfin libéré, mais tout en lui et autour de lui a changé. La situation de la forêt et de ses hôtes s'est dégradée. Les hommes sont devenus plus avides de profit et ont perdu le sens de la communion avec les plantes et les oiseaux telle qu'elle existait auparavant. Ze Oroco lui-même est un être blessé, quelqu'un qui a lu dans le futur et qui sait ce que le monde va devenir s'il suit cette marche vers la négation des cycles naturels. Comment alors reprendre sa vie d'avant ? Pourtant, un chemin, un espoir restent possibles...
Le roman de Vasconcelos est aussi dense que l'Amazonie et offre plusieurs lectures simultanées. On peut simplement y voir un conte, ou aller plus loin et y lire un conte philosophique sur l'homme, sa personnalité, son fonctionnement et sa relation avec la nature au fil du temps, son rapport à la modernité et au progrès. Au-delà du conte, on peut aussi interpréter ces pages comme un plaidoyer en faveur d'une vie plus naturelle, une accusation de notre mode de fonctionnement contemporain matérialiste. En somme, ce peut être aussi un roman engagé, militant. Enfin, l'auteur nous permet de lire un magnifique exemple littéraire du réalisme magique latino-américain et nous fait même pressentir quelque chose comme un manifeste, notamment dans l'opposition entre la première partie, poétique, correspondant parfaitement aux canons du réel merveilleux, et la seconde, dans laquelle tout ce qui fait référence à ce style est nié et asphyxié par la douche froide et violente de l'hôpital psychiatrique plaçant la raison au-dessus de tout. Si la lecture nous interpelle et prend tout son sens, nous aiguise les sens et la réflexion, c'est que les descriptions, sensorielles, oniriques, poétiques et ancrées dans une réalité locale populaire, humble, marquée par la pauvreté, sont une démonstration magistrale de ce qu'est le réalisme magique latino-américain.
Alors non, cette fable ne convient sans doute pas à des petits, mais très rapidement, comme une antidote à la société que l'on veut nous imposer, il faut la placer entre leurs mains. Parce que l'avenir, c'est eux. Pour ne pas qu'une fois adultes ils se disent que c'est trop tard. 

mercredi 7 février 2018

Trois livres pour voyager depuis son canapé

Pour le grand retour du blog et étant donné que j'ai entrepris un assez long voyage qui m'empêche pour un temps de voyager dans l'espace, c'est à travers les livres que je vous propose de vous évader. L'occasion de s'échapper de sa lourde enveloppe corporelle pour, sans bouger de son canapé, aller à la rencontre de personnages étonnants et inspirants, et vivre des aventures incroyables depuis son salon. 
Bertrand Piccard, Brian Jones, Le tour du monde en 20 jours, 1999.
Jules Verne a trouvé son successeur en la personne de Bertrand Piccard qui réussit un tour du monde en ballon et sans escale. Une aventure humaine autant que scientifique, un défi relevé au quotidien pour voler dans les vents favorables et l'optimisation de la performance grâce à la présence d'un staff technique impressionnant. L'équipe veut laisser le moins de prise possible au hasard et tout est étudié précisément : chaque souffle d'air, chaque perturbation, chaque courant ascendant, à quelle altitude faut-il voler... et quelles autorisations de survol de l'espace aérien faut-il obtenir. Certains pays ne laissent pas n'importe qui envahir leur ciel et offrent des délais de passage restreints, ce qui provoque chez nos compétiteurs quelques sueurs froides. L'océan, le désert, les montagnes, la terre entière vue du ciel et le message suivant : vue de là-haut, la paix semble aller de soi tellement notre planète est belle et ses paysages sublimes ; vues de là-haut, les guerres et les conflits de territoires semblent d'autant plus absurdes. 
Pour aller plus loin...
Si vous voulez en savoir plus sur Bertrand Piccard, allez sans tarder sur son site internet. Vous y apprendrez que le monsieur est psychiatre, hypnothérapeute, a été ambassadeur aux Nations Unies, mandat pendant lequel il a oeuvré pour la cause des femmes, a fondé une organisation humanitaire qui lutte contre le Noma, une maladie liée à la pauvreté et complètement ignorée en Europe. Il donne également des conférences à travers le monde. On peut lire aussi son parcours expéditionnaire détaillé qui est en lien direct avec son engagement pour les énergies renouvelables et la sauvegarde de la planète. Quand on sait que son grand père a servi de modèle à Hergé pour créer le personnage du professeur Tournesol, on ne peut que s'intéresser au grand homme, à ce "savanturier" comme le dit son site qui est une source d'inspiration inépuisable pour qui a encore plein de rêves sous la pédale. C'est en rencontrant de tels personnages que l'on appuie sur l'accélérateur de la confiance et qu'on a envie de se lancer dans de beaux projets. 

Eric Massiet du Biest, Yann Vrignaud, Le tour du monde en traction, 1990. 
Un autre tour du monde, moins scientifique, plus aléatoire mais tout aussi passionnant. Les protagonistes ont la fougue et l'insolence de leurs vingt ans et l'amour de leurs véhicules : deux vénérables tractions pas forcément adaptées à tant de kilomètres sur des routes qui souvent n'en sont pas. Il faut tout le talent d'un mécanicien de génie pour ressusciter des moteurs à l'agonie et permettre au convoi de repartir après chaque avarie. Livre polyphonique puisque chaque participant à l'aventure raconte sa version de l'anecdote, du pays traversé, il est écrit avec simplicité mais c'est justement ce qui nous entraîne à poursuivre la lecture. Un vent de fraîcheur et de spontanéité souffle sur ces pages et on se prend au jeu, on s'attache aux personnages, on leur souhaite de réussir. Plus de 25 ans après, le livre n'a pas pris une ride et je connais une lectrice assidue qui se souvient encore avec émotion de la première fois où elle a ouvert le bouquin. Si j'avais lu ça adolescente, j'aurais eu des étincelles dans les yeux pendant assez longtemps !
Pour aller plus loin...
Si revoir et réentendre Nicolas Hulot parler dans son micro aux commandes de son engin volant vous rend nostalgique, c'est le moment de visionner cette vidéo (il en existe plusieurs disponibles sur internet) dans laquelle le reporter volant présente un extrait de l'aventure filmé et envoyé par les participants eux-mêmes. 


Et puis, parue en 2009, 20 ans après l'aventure, une bande dessinée publiée aux éditions Hoëbeke et dont on peut retrouver généreusement l'intégralité sur le blog de l'atelier de Joub réinterprète le parcours des aventuriers en offrant une histoire originale et en même temps proche des péripéties vécues par le groupe.

Anne Collet, Danse avec les baleines, 1999.
La dame a du chien. La dame sait ce qu'elle veut, se laisse guider par son instinct et ne va que là où celui-ci lui dicte d'aller, ne fait que ce qu'elle a envie de faire. Son parcours est celui de quelqu'un qui a trouvé sa passion, qui a tout mis en œuvre pour réussir et qui n'a jamais lâché le morceau. Celui d'une personne à l'intelligence pointue, à l'intelligence du cœur et qui a une envie folle de transmettre et de partager, en témoigne son expérience avec un équipage d'enfants sur le bateau Fleur de Lampaul. Anne Collet nous en apprend des tonnes (c'est le cas de le dire) sur les cétacés qui paraissent si éloignés de nous et avec lesquels, pourtant, nous partageons de nombreux points communs. Sans pédanterie scientifique, sans simplification méprisante, elle emploie les termes justes pour nous faire part de ses recherches et nous livre un message sans concession sur la nécessité de protéger notre planète et sa biodiversité. En lisant le livre des années après sa publication, on constate avec effroi que les prévisions d'Anne Collet étaient justes et que certaines espèces ont déjà été rayées de la carte de nos océans, la faute à la sur-pêche, à l'homme, à la pollution, à notre indifférence. Un voyage à la fois humain, scientifique et nécessaire. Une rencontre inspirante avec une femme de caractère qui nous enseigne que quand on veut suivre son étoile, si on s'en donne les moyens, alors tout est possible.
Pour aller plus loin...
Si vous brûlez de savoir ce que sont devenus les ados qui ont navigué sur le Fleur de Lampaul, une page intéressante à lire accompagnée d'une vidéo.
Si le sort et la protection des cétacés vous passionnent, rendez-vous sur le site de l'observatoire Pelagis, qui est un pôle important de recherche situé à La Rochelle et qui mène également une action de sauvetage des mammifères marins en cas d'échouage. Si vous vivez sur la côte, vous pouvez vous aussi signaler une observation ou un échouage et ainsi participer à la protection des espèces ! 

vendredi 8 décembre 2017

La parole est aux expats ! Stelios, un grec à Paris

1. La France, un hasard ou un souhait ?
Je vivais à Santorin en Grèce, et je suis tombé amoureux d’une française qui était en vacances. Je me suis rendu compte que je pourrais difficilement vivre sans elle, et que j’allais passer à côté d’un moment important de ma vie. C’était bien sûr réciproque. Comme c’était la crise (ça l’est toujours) en Grèce, elle ne pouvait pas venir vivre là-bas, j’ai donc décidé de venir la rejoindre en France, au bout d’un mois. Cela fait bientôt 7 ans que ça dure !

2. Séduit par la France, déçu, agacé ?
Je pensais que la vie serait plus facile et plus agréable, notamment pour trouver du travail, mais je me suis heurté à l’administration française (qui est presque aussi pire que celle de la Grèce). Je me suis également heurté à la difficulté de la langue, qui est une véritable barrière, les français sont assez chauvins de leur langue, et ceux qui parlent anglais se comptent sur les doigts de la main. J’ai beaucoup de difficulté à apprendre le français, qui est obligatoire pour travailler (ce qui n’est pas le cas en Grèce)
Je suis admiratif de la culture en France, vous avez une très grande histoire que vous mettez en valeur, j’adore découvrir de nouveaux lieux, j’adore regarder la tour Eiffel scintiller, le Louvre, Versailles, les châteaux de la Loire et tous les petits villages médiévaux.


3. Elle te manque, la Grèce ?
Ce qui me manque le plus ce sont mes enfants. Je pensais qu’en vivant en dehors de mon pays, j’allais pouvoir les aider et leur proposer une meilleure vie. Heureusement les nouvelles technologies me permettent de communiquer avec eux pratiquement tous les jours.
La mer me manque beaucoup également. En Grèce, pas besoin de faire des centaines de kilomètres, d’autant qu’ici elle est froide, pas transparente et il y a beaucoup trop de vagues à mon goût. Les bars de plage, les tavernes et les activités nocturnes sont les premières choses que je fonce faire quand je retourne dans mon pays.

4. Vrai parisien ou Grec émigré ?

Pour le moment je me sens toujours grec, je pense qu’on doit se sentir intégré au bout de 30 ou 40 ans de vie dans un même lieu. Mais je connais mieux les lignes du métro parisien que ma chérie, et ça c’est une fierté pour moi.

5. Ton installation en France, définitive ou transitoire ?

Avec ma chérie, nous avons le projet d’aller vivre quelque part en Grèce. Nous cherchons le moyen de pouvoir y vivre correctement. Nous pensons que d’ici une dizaine d’années, nous vivrons là-bas, du moins nous l’espérons fortement.

6. Si ça n’avait pas été la France… ?
Je savais que je ne voulais pas rester en Grèce, car je voulais trouver une meilleure vie pour ma famille. Peut-être serais-je parti vivre à Amsterdam qui me semble plus accessible. Ma chance a été de trouver le grand Amour, celui de ma vie, et de faire au mieux pour ma famille.

Vous pouvez retrouver les voyages de Stelios et Hilona sur leur blog : 

mardi 28 novembre 2017

Quand les blogs de voyage réécrivent (mal) le monde

A force de lire des dizaines de blogs de voyage, d'observer les commentaires et les réactions qu'ils suscitent, on finit par avoir un panorama assez vaste et quasi exhaustif de ce microcosme virtuel. On peut alors tracer les grandes lignes de ce phénomène très bavard et en tirer des conclusions sociologiques. Les blogs de voyage drainent tellement d'utilisateurs et de lecteurs qu'on peut dire qu'ils sont à l'origine de tendances, de modes, de façons de penser. Pratiquement, ils sont en passe de créer un moule. Et c'est pas cool.

Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est purement fortuite. Si vous vous reconnaissez malgré tout, merci d'adopter autant que faire se peut une lecture distanciée et d'éviter, dans la mesure du possible, les commentaires hargneux. Ceci est un jeu. 

C'était mieux avant
Je ne m'en cache pas, je le pense. Et je ne suis pas la seule à le penser. A certaines exceptions près, les blogs de voyage étaient mieux avant. Quand tout a commencé, les gens étaient peu nombreux et avaient des choses à raconter. On n'amassait pas les destinations comme des allumettes pour bâtir la Tour Eiffel la plus rutilante. On n'énonçait pas le nombre de pays "faits" comme des trophées de chasse. D'ailleurs, on ne "faisait" pas une ville ou une région. On y allait et, en toute humilité, on regardait. Et puis on en parlait avec une jolie plume, on se documentait, on bouffait de l'histoire, de la géographie, de la religion et des coutumes en veux-tu en voilà. Bref, les blogs de voyage, c'était déjà du journalisme. Ensuite, les participants à la fête se sont multipliés et c'est devenu l'embouteillage. Comme disait l'autre, "le trop comme le peu gâte le jeu". On ne s'est plus soucié de se documenter ou d'avoir une belle plume, juste, on a parlé parce que tout le monde parlait, on a écrit parce que tout le monde écrivait. L'orthographe et la syntaxe ni ont pas survécu. Aujourd'hui, les blogs de voyage (excepté certains mais qui sont malheureusement noyés dans la masse) se sont uniformisés. De là, de grandes tendances se sont dessinées. 

Le nomadisme
Dans les temps anciens, l'homme était nomade pour "assurer sa subsistance" dit le dictionnaire : pour survivre, par obligation. Aujourd'hui, le nomadisme obéit surtout à un mouvement de rejet d'une société dans laquelle on ne se "reconnaît" pas. Et ce rejet de la société est teinté d'élitisme, transpire l'égocentrisme. Moi, le backpaker au sac-à-dos comme une excroissance de moi-même, je ne suis pas comme vous alors je pars. Ce faisant, je veux qu'on me remarque. Alors, j'écris, je communique immensément sur ma recherche personnelle, sur la naissance de mon Moi profond à travers la planète. A l'image de ce blogueur s'insurgeant sur Twitter du peu d'intérêt que les Espagnols avaient accordé à son "projet de vie", le backpaker se pose en nouveau Messie. Pauvre Messie. Je suis celui, plus élevé que vous intellectuellement, qui a compris que les voyages formaient la jeunesse et je me forme, contrairement à vous qui vous laissez déformer par cette société. Celui qui reste immobile dans sa vie, qui ne pratique pas le déplacement introspectif (et n'est-ce pas déjà une contradiction ?) se voit culpabilisé et relégué au rang de mouton, d'ignorant. 

Le Tour du Monde
Le "must" du blogging voyage comme on dit sur la toile, c'est le tour du monde. Enchainer les pays à une vitesse effrénée (d'ailleurs, pourquoi ne pas le faire en ballon puisque le survol culturel, lui, est réel ?) avec à la clé un joli roman d'initiation à proposer à ses lecteurs. Le touriste du dimanche qui décrit son escapade du week-end en Corrèze devient alors un microbe, un pou, une incongruité. Certains en reviennent malgré tout, de cette épreuve autour de la Terre, et déplorent la fatigue, la rapidité, le survol. Personne, cependant, ne questionne l'utilité du projet, encore trop à la mode pour être discrédité. Et ce sont des familles entières qui se jettent sur les routes et nous bassinent avec leurs aventures interplanétaires avec paquets de couches, gastro du petit et photos insolites avec les autochtones. On nous apprend en dix leçons comment voyager avec un bébé, comment déscolariser ses enfants et d'autres choses essentielles à la rencontre d'autres cultures. Ah non, pardon, là n'est pas le sujet, le centre du récit étant toujours la famille, si bien qu'on a l'impression que c'est le monde qui tourne autour d'elle et non l'inverse. A souligner, l'analyse de certains parents qui, s'ils ne conçoivent plus leur vie sans le voyage (commerçants, enseignants, ouvriers sont bien évidemment exclus d'office de ce mode de fonctionnement itinérant), imaginent désormais voyager autrement. La prochaine mode ? Le slow travel. Préparez-vous. 

L'éternel retour
Sans paraphraser plus longtemps un auteur bien connu, le retour est LE sujet sur lequel les blogueurs de voyage se lâchent. Quand on a terminé son voyage, quand on n'a plus rien à raconter, on disserte sur la difficulté du retour. Non sans une pointe de suffisance, on raconte comment on ne parvient plus à entrer dans le moule de son quotidien, on a encore la tête ailleurs, on est à côté de ses pompes et on se rend compte combien on n'est pas fait pour vivre dans cette société, à ce rythme effréné, à respecter des horaires. Une sorte de débat d'enfants gâtés s'installe alors sur la toile, dans les commentaires. Pour les lecteurs, il serait éminemment plus intéressant de comprendre quels mécanismes psychologiques ont été modifiés par la rencontre avec l'Autre, avec d'autres cultures et qu'est-ce que tout cela a changé dans le fonctionnement mental du blogueur. Cependant, de culture on ne parle point. On tourne encore et encore, non plus autour du monde mais autour du nombril de l'intéressé sans jamais savoir si les tripes qui sont en-dessous se sont enrichies.

L'uniformisation
Quand on se lasse des ces élucubrations nombrilistes, on tente de scruter les destinations et ce qui en est dit. Malheureusement, on risque d'être fort déçu. Si, auparavant, lorsque la toile n'était pas si surchargée de récits de valises et d'aéroports, on pouvait encore être surpris de découvrir tel ou tel pays, à l'heure actuelle, c'est plutôt un catalogue de tendances que l'on observe, dans lequel apparaissent tour à tour les destinations à faire absolument et les lieux à éviter, le sort d'une ville ou d'une région étant souvent décidé arbitrairement. Un événement, un mètre carré de plage laide (cela existe-t-il ?), un autochtone désagréable (ne l'y a-t-on pas poussé ?) suffisent à faire pencher la balance du mauvais côté. Le téléphone arabe et l'effet de groupe aidant, on perd de manière assez impressionnante son libre arbitre pour relayer, étayer cette décision. C'est ainsi que les itinéraires se répètent, que les blogueurs vont tous aux mêmes endroits, voient les mêmes choses et, inévitablement, se sentent obligés de nous les raconter. Quand ceux-ci appuient en plus leur témoignage sur les dires de tel ou tel guide dont ils font la promotion, on peut dire qu'on atteint des sommets d'inutilité. 

La publicité
Car oui, vous n'êtes peut-être pas sans l'ignorer, mais le désir humaniste de rencontre puis de partage a du plomb dans l'aile. Sur une grande quantité de sites, on voit des blogueurs se pervertir en devenant des hommes et des femmes sandwichs faisant de la réclame pour un hôtel, une agence de voyage, un guide papier, un office de tourisme et, comble de l'adhésion à cette société de consommation que le tour du mondiste dit pourtant rejeter, se font rémunérer. On assiste à une "professionnalisation" du tourisme qui a de quoi donner la nausée aux pionniers du récit de voyage sur internet. Objectivité zéro. Rencontre avec l'autre zéro. Bref, le néant de l'intérêt intellectuel. Presque de la prostitution. Presque ? Que ne ferait-on pas pour ne pas travailler et pour vivre des seules rentes apportées par ses pérégrinations ! Pour se rendre sans payer dans de grands complexes hôteliers ! Pour vivre une vie de pacha avec les avantages sans les inconvénients ! Fini l'aventurier fauché qui ose faire la manche dans des pays en voie de développement dans le but de financer son voyage (oui, cela existe...). Le modèle a fait long feu et appartient désormais aux archétypes archaïsants. Le renouveau se situe dans le business, dans l'intérêt financier, dans la consommation. Exit l'anthropologie amateure. 

Un nouveau langage
En parallèle avec l'appauvrissement de la syntaxe et du style d'écriture en général, on assiste à un mouvement d'uniformisation des "récits" qui se basent tous sur l'emploi d'une série de mots, formant un nouveau lexique du voyage. Nous avons déjà cité le "backpaker", mais c'est aussi le cas du "blog trip", du "road trip" et autres anglicismes. Idem pour les inquantifiables occurrences des "bonnes adresses", des "followers", des top 10" et autres "itinéraires". Par ailleurs, on fait des listes, on parle budget, on conseille des restaurants et la destination disparaît complètement, étouffée sous ce pragmatisme qui n'a rien d'humaniste. Les multiples conseils pour boucler son budget, trouver un billet d'avion pas cher, se loger à moindre coût à tel ou tel endroit et manger dans des restaurants répertoriés infantilisent le lecteur à un tel degré que cela en devient offensant. Raconter une expérience, d'accord, conseiller de la reproduire, c'est agaçant. 

Le méta-blogging
Si on parle ici de cette uniformisation du langage et de la forme du blog, ce sont les blogueurs eux-mêmes qui nous y poussent, car ceux-ci palabrent plus autour de leurs articles qu'ils n'en rédigent en réalité. Twitter regorge de posts à la vacuité impressionnante qui commentent des articles à venir, insistent sur le fait que l'écriture de ceux-ci prend un temps fou (beaucoup plus, semble-t-il, que leur relecture), mentionnent d'innombrables brouillons, annoncent les prochaines publications et se vantent des quatre mille photos à trier. Parlons-en, d'ailleurs, de cette mode ultra tendance de se faire photographier de dos dans un paysage ou une ville, de préférence si l'on est une femme mince, grande et à la longue chevelure. Risible. Le méta blogging occupe tout autant l'internaute que les voyages en tant que tels.
En résumé
S'il s'agit d'un phénomène de mode, le blogging de voyage qui se dit "communauté" tourne au communautarisme. Les membres de la "blogosphère" ont tendance à former un groupe qui confine au repli plutôt qu'il n'ouvre à l'Autre. La pauvreté des sujets traités, leur peu d'approfondissement et les atteintes faites à la langue françaises sont quant à eux dus à cette immédiateté que permettent les réseaux sociaux et leur grande accessibilité. D'une littérature virtuelle, humaniste et journalistique du voyage des premiers blogs, nous sommes passés à une littérature de gare demandant peu de réflexion mais qui offre, on peut le déplorer, peu de substance. Ceux qui ont envie de lire des récits d'aventures avec de la matière, du corps, du cœur et des tripes n'ont pas fini de se désoler. 

mercredi 22 novembre 2017

Pourquoi les gens aiment Montmarte ?

Parce qu'ils aiment le Sacré Coeur 
Oui, les gens aiment ce monument moderne relativement kitsch et construit fin XIXème début XXème, sur la célèbre butte qui en avait vu d'autres, niveau célébrations religieuses : les gallo-romains sont passés par là, Saint Denis y a subi le martyr, les moniales bénédictines s'y sont installées au Moyen Âge, puis les Jésuites débarquent, etc etc, jusqu'à l'édification de ce... truc destiné à réinstaller un gros gros gros symbole de foi chrétienne après les débordements révolutionnaires de la Commune. Non mais ! Beaucoup le trouvent laid, inapproprié, comme un cheveux sur la soupe de Paris qui n'avait pas besoin d'une telle construction pour faire savoir qu'elle était belle. Pour les anarchistes dans l'âme, on a posé une sorte d'affreuse pierre tombale de l'oubli sur les cadavres des communards et ça ne passe toujours pas. Quant aux visiteurs, eux, ils aiment beaucoup la grosse meringue, à en croire la file d'attente interminable (d'un coup, j'ai compris pourquoi, en ayant vécu dix ans à Paris, je n'y suis encore jamais entrée) pour pénétrer à l'intérieur des lieux et gravir les 300 marches qui conduisent au sommet du dôme, depuis lequel on a une vue imprenable sur Paris. 




Parce qu'on a une vue imprenable sur Paris
Pas la peine de faire l'ascension de la pièce montée de pierre immaculée pour admirer le panorama, pour avoir une vision globale de la mégalopole parisienne. La Tour Eiffel, la Tour Montparnasse, la Défense, tout le monde est présent et sur son trente-et-un. Pour ceux qui regrettent quand même de ne pas être montés en haut du dôme du Sacré Coeur, le site propose une visite virtuelle : gratuite, moins fatigante et assez agréable ma foi (petit jeu de mots). Sinon, au lieu de jouer les amoureux éperdus ("regarde comme c'est beau, Paris"), on peut aussi admirer cette magnifique cape grisâtre de pollution qui, telle une chape de CO2, nous informe que nous avons de gros progrès à faire en termes de préservation de l'environnement. 
Parce que Montmartre est un village
Si on détourne un instant son nez de la pollution et son regard de la longuissime file d'attente, se balader dans les ruelles est fort plaisant. Le flot des touristes se cantonne à la célèbre place du Tertre, mais il est intéressant de se perdre dans les rues adjacentes et de croiser les vignes du Clos Montmartre, lesquelles font écho à une tradition millénaire et même plus, datant en fait de l'époque gallo-romaine. La première fête des vendanges de ces vignes replantées au début du XXème siècle a lieu en 1934. Aujourd'hui, c'est le Comité des Fêtes du XVIIIème arrondissement qui s'occupe de la gestion du lieu et les vignes sont fermées au public afin de les préserver et d'essayer de conserver cette authenticité villageoise au cœur de Paris qui font leur originalité. Enfin, authenticité, mais énorme médiatisation, puisque les vendanges annuelles se font à grands renforts de personnalités et d'artistes qui viennent y pavaner. Allez, avouons : il doit y avoir une sacrée ambiance (nouveau jeu de mots) à la fête des vendanges de Montmartre ! 



Parce que Montmartre c'est la bohème 
Renoir y demeura, Picasso y eut un atelier, Cézanne prit Montmartre pour modèle et le représenta dans ses tableaux : le quartier respire l'art. D'autres saltimbanques semi-fauchés vinrent trainer leurs guêtres dans les cabarets du coin : Rimbaud, et puis Piaf, et puis Brassens, et puis Prévert. Une sorte d'aimant à artistes, un rassemblement de tendances artistiques, le creuset de la bohème, ce mouvement artistique du XIXème qui prônait une certaine idée de la vie dans la pauvreté et dans l'opposition aux valeurs bourgeoises. De bohème, il paraît que Montmartre est aujourd'hui passé à "bobo", les loyers semblant avoir augmenté. Tout ce qu'il reste d' "art", ce sont les multiples mendiants aux pinceaux qui vous harcèlent pour vous tirer le portrait. Une sorte d'image d'Epinal pour les touristes, dont certains se laissent prendre au jeu, et un agacement permanent pour les habitants de Paris qui, en fait, ne viennent pas trop à Montmartre je crois. 

Parce qu'ils ne voient pas ce qu'il y a autour 
Qu'y a-t-il autour de Montmartre que les touristes ne voient pas ? Dès qu'on sort du quartier, on retombe dans la réalité du XVIIIème arrondissement : des immeubles en état de délabrement, des tags, des chambres de bonnes au septième étage sans ascenseur et sans sanitaires, le métro Château-Rouge où des échanges de drôles de produits illicites ont lieu entre des gens au faciès patibulaire, Barbès, ce quartier de Paris qui fait voyager aux quatre coins du monde et qui respire la misère, et plus haut la porte de Clignancourt et son boulevard sur lequel, parfois, tard le soir, on trouve un corps allongé sur la chaussée dans un élégant sac de plastique blanc, résultat d'une légère fusillade toute fraîchement survenue. Le seul truc que moi j'adore dans le coin, c'est le Marché Saint Pierre. Le royaume du tissu. La caverne d'Ali Baba de la soie et du coton. L'endroit où on croise des belles dames et des ménagères en savates. 

vendredi 17 novembre 2017

Le (dernier ?) des Mohicans

Grande fresque. Grande fresque misogyne et raciste, mais grande fresque quand même. Tirée d'une histoire vraie. Je suis allée ouvrir ce livre parce que je l'ai récupéré dans l'édition Folio Junior et, en bon cobaye, je voulais tester si cette lecture était vraiment "junior". Alors pour des enfants de 10 ans, je vous le dis tout de suite, c'est non ! Beaucoup de sang, de batailles, de massacres et de scalps, des tournures de phrases ampoulées et une situation géopolitique tellement complexe qu'elle en devient totalement floue. En revanche, le roman est à garder, pour plus tard, pour le relire quand on a grandi, voire quand on est adulte et qu'on s'intéresse à l'histoire de l'Amérique et aux différents points de vue qui nous sont offerts. Ici, le point de vue est clair : européo-centriste et basé sur le postulat de départ selon lequel le blanc est supérieur à toutes les autres "races". Donc raciste.

Resituons. L'histoire se passe en 1757, au moment où les Français et les Anglais se disputent des territoires situés sur ce qui est aujourd'hui la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Chaque camp a cherché à faire alliance avec différentes tribus indiennes, semant une zizanie sans pareil entre elles et les montant les unes contre les autres. Diviser pour mieux régner. Au terme du roman, on a une idée assez claire du rôle des blancs dans l'implosion des sociétés indigènes. Chose à garder en mémoire, c'est la date de publication du libre de Fenimore Cooper : 1828. Finalement, nous ne sommes historiquement pas si éloignés que cela des événements relatés. Les blessures sont encore profondes. Quand on sait que les revendications indigènes contemporaines aux Etats-Unis sont encore réprimées, on comprend mieux qu'au début du XIXème les mentalités en soient encore là. Les indiens sont dépeints comme des barbares, assoiffés de sang, incontrôlables, pas vraiment fiables et pour la plupart incapables d'aligner plus de deux phrases, "Ugh !" étant l'essentiel de leur vocabulaire. J'exagère. Pour certains, au contraire, ce qui sort de leur bouche est digne des enseignements obscurs d'un mystique religieux incompris. Grotesque. Ajoutez à cela une propension au prosélytisme chrétien et vous obtenez une jolie fresque bien orientée. Les femmes (blanches, les squaws n'existent même pas et leurs enfants sont comparés à des animaux, encore moins intéressants que le petit peuple des castors) en prennent aussi pour leur grade. Les deux héroïnes sont les filles du Colonel Monro (qui a vraiment existé) et elles se mettent en tête de rejoindre leur père dans le Fort William Henry, surveillé de près par les Français de Montcalm (autre personnage historique). Les pauvres filles sont comparées à des enfants sans défenses, empêtrées dans leurs robes et leurs foulards, pleurnichant sans cesse, incapables de marcher avec leurs petits pieds délicats dans leurs petites chaussures (le fait est que ça ne devait pas être une tenue très adaptée), s'évanouissant pour un rien et poussant des cris de stupeur et des gémissements lamentables. Pauvres chéries ! Pourtant, si on repense à l'époque et au contexte, on se dit que les femmes devaient être élevées comme cela, dans la soumission au mâle et dans l'ignorance complète de leurs droits et de leurs capacités. Bref. 
Ce qui nous réconcilie un peu avec l'auteur, c'est que, si les Hurons s'en prennent une pleine tête, les deux Mohicans qui accompagnent nos jeunes écervelées dans la seconde partie du voyage et jusqu'à la fin du roman sont dits appartenir à un peuple supérieur par ses traditions, ses qualités guerrières et son intelligence. D'autre part, le chasseur qui les accompagne, bien qu'il affirme jusqu'à plus soif qu'il est un blanc "de sang pur", a intériorisé toutes les qualités des indiens : vision, oreille, instinct, stratégie, respect de la nature. Un personnage entre les deux mondes, ça soulage. Et puis, presque de l'amour. Entre Uncas, le soit-disant "dernier des Mohicans" et Cora, l'une des filles de Monro (bon, d'accord, elle est issue d'un mariage avec une quarteronne, donc elle est presque noire, donc déjà un peu inférieure). Mon côté romantique y a cru un instant, accompagné par les sous-entendus livrés par l'auteur. Et puis finalement non. 
Ce que les lecteurs critiquent, ce sont les longueurs, les dialogues artificiels, une action qui se traîne. Pas faux. Personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Sociologiquement, c'était intéressant. Pour le traitement du "sauvage", pour la place de la femme, pour la prise de position blanche, parce qu'on entrevoit quand même un peu de réalité. Mais au fait, le Mohican du roman, c'était le dernier ? Alors non, pas du tout ! Je m'en suis rendu compte en regardant un super reportage sur Arte consacré aux racines amérindiennes du rock et au cours duquel des musiciens issus des minorités ethniques opprimées interviennent. A côté de leurs noms était indiquée leur origine et, parmi celles-ci, j'ai pu lire "Machin Bidule, guitariste, mohican". Du coup, ni une ni deux, enquête. En vérité, les Mohicans n'ont pas tous été exterminés. Comme tous les autres peuples, ils ont été déplacés, déportés selon les besoins et les caprices des blancs venus usurper leurs terres, puis parqués dans des réserves qui avaient tout de camps de concentration. Une autre forme d'extermination. A l'heure actuelle, bien que les lois se soient en théorie assouplies, les indigènes n'ont toujours pas les mêmes droits que les blancs sur des terres qui pourtant, faut-il encore le rappeler (il le faut), leur appartiennent. Alcoolisme, viol, suicide, meurtres et, malgré cette situation apocalyptique, l'espoir de voir ces peuples refaire surface, réaffirmer leurs traditions et nous les enseigner à nous, pauvres blancs matérialistes et ignorants. 

mercredi 15 novembre 2017

Tous touristes : l'idiot du voyage réhabilité

Jean Didier Urbain, L'idiot du voyage, 1993. 
Que ceux qui se disent voyageurs et méprisent le "touriste" ouvrent grand leurs yeux : les mecs, on est tous touristes ! Alors oui, à une époque, j'ai moi aussi craché au visage des sacs-à-dos-guide-du-Routard. Moi aussi, j'ai voulu péter plus haut que mon séant en affirmant à qui voulait bien l'entendre que je n'étais pas de ceux-là, que j'appartenais à la race supérieure des voyageurs. Sans doute avais-je abusé de la lecture des anciens qui véhiculaient une image un peu snob et élitiste du voyage et avais-je adhéré en bloc à cette philosophie discriminatoire et méprisante envers ceux que Jean Didier Urbain appellent les "idiots". Cependant, sous la plume de l'anthropologue, ce vocable n'a rien de péjoratif puisqu'il se réfère au sens grec d' "ignorant", celui qui ignore et qui, par conséquent, part à la découverte du monde. Peu importe la modalité, donc, dès que nous franchissons le seuil de notre porte, nous sommes des touristes. Dans l'esprit de ceux qui se prennent encore pour des voyageurs, il y a cette idée ancienne selon laquelle celui qui voyage découvre, observe les lieux dans lesquels il arrive comme au premier matin du monde. Or, de nos jours, il ne reste que très peu de blancs inexplorés sur les cartes et, inévitablement et grâce aux réseaux de communication pourtant si récriés, quelqu'un est déjà passé par là avant eux. Ce statut de privilégié tend donc à se déliter, voire à être totalement obsolète. D'autre part, ceux qui assimilent le touriste à ce type inculte et profanateur de sites, le nez rivé à son guide et suivant à la trace les circuits préconçus pour ses beaux yeux font plusieurs erreurs de jugement. La première, c'est que les guides "touristiques" existent depuis la Renaissance et que le fait de suivre un parcours pré-indiqué n'est pas vraiment une nouveauté. La seconde, c'est qu'aujourd'hui le tourisme est un fait social, mais que le touriste est différent du tourisme. Pour chaque touriste, il existe un mode de déplacement, un comportement et un mode de pensée uniques, ce qui fait que la variété des types de tourisme est infinie. Ce qui est très amusant, en plus, c'est que les fameux back-pakers qui inondent le web de leur autosatisfaction de pseudo découvreurs du monde, suivent eux aussi des routes fréquentées. Ils méprisent le tourisme de masse mais racontent tous la même visite dans la même ville, le même trajet, le même musée, la même forêt, la même spécialité gastronomique. Touristes, puisque je vous le dis ! Ces routards ne le savent pas, mais ils sont hypocritement enfoncés jusqu'au cou dans le fait touristique, puisque leurs récits soi-disant éclairés et humanistes sont autant de lieux qu'ils inscrivent dans le circuit : il n'y a pas plus idiot que le fameux "je vais vous révéler l'existence d'un endroit encore secret de la planète" lu par des millions d'internautes ! 

En fait, le principal problème demeure cette image péjorative du touriste qu'a créé la littérature de voyage, il y a quasiment deux siècles de cela et à cause de laquelle on s'en défend, on le rejette, on en a honte : on ne veut surtout pas être touriste. Et c'est là que Jean Didier Urbain est très fort : non seulement il nous explique qu'il est impossible de discriminer voyageur et touriste tellement les pratiques sont variées, mais, si on avait encore un doute, il réhabilite le touriste avec des arguments magistraux. Figurez-vous que le tourisme est un échange de signes identitaires. Figurez-vous qu'au lieu de dénaturer des cultures et de semer partout où il sévit une acculturation tueuse de civilisations, il pousse les contrées visitées à opérer une réaffirmation de leur identité qui a de quoi réjouir. Il s'agit, je cite, d'un "système d'itinéraires et de destinations à travers lequel les cultures récapitulent, expriment, échangent et valorisent les signes emblématiques de leur identité et de leurs différences". Si ça ne vous en bouche pas un coin, ça ! 
Au terme de cette lecture passionnante (dont je ne vous livre qu'un échantillon tellement elle est dense), je me dis qu'en me considérant "voyageuse", j'étais totalement arriérée. J'essayais de me coller dans un moule qui a explosé depuis longtemps et qu'en plus, j'étais prétentieuse :
- les espaces que je parcours ne m'appartiennent pas (d'autres y sont venus avant moi et d'autres y viendront après)
- je ne les ai pas découverts (j'ai cessé de me prendre pour Christophe Colomb et suis devenue plus humble, je vous le jure)
- ma vision des lieux que je visite n'est pas une Bible du voyage (c'est la multiplicité des points de vue qui fait le lieu et c'est ça qui est intéressant. Les concepts de vrai ou faux sont pure foutaise)
- Je suis étrangère hors de chez moi et ce n'est pas grave (j'ai beau parler la langue et essayer de m'adapter aux coutumes locales, j'ai beau mettre des tissus andins sur mon canapé et manger des pâtes au pesto, je reste étrangère à ces cultures et ce n'est pas grave : en revanche, ce qui est génial, c'est de prendre conscience de cela et de goûter à la saveur inestimable de l'échange). 
Au fond, la question n'est pas de savoir si nous sommes un tas de gras trop bronzé étalé sur une serviette sur une plage de la Costa Brava, ou bien un trekkeur solitaire sac à dos chaussures de rando dans une plaine de l'Afghanistan. La question n'est pas de savoir ce qui est bien ou mal, ce qui est juste ou faux, ce qui est tourisme et ce qui est voyage, puisque l'un et l'autre fond partie d'un même fait social : le tourisme. La question réside dans le choix et dans ce qui fait notre identité profonde : trouver le mode de voyage qui nous correspond le plus, adapter notre manière de voyager à notre personnalité et, surtout, aller à la rencontre de l'Autre. 

dimanche 12 novembre 2017

Les 1001 visages de Munich

Quand on se trouve dans une ville avec plus de 8 siècles d'histoire, l'architecture prend forcément une importance capitale. A Munich, la tendance est exacerbée puisqu'on peut suivre différents parcours architecturaux, suivant les époques et les courants artistiques qui ont influencé sa construction. 
Munich italienne
Impossible de ne pas remarquer l'omniprésence de l'architecture Renaissance, de l'influence italienne dans les rues de la ville. Que ce soit avec les édifices religieux ou les bâtiments privés, les arcades, les couleurs, le style, tout nous ramène à l'Italie. Tant et si bien que, si le froid ne nous rappelait pas à l'ordre, on pourrait se croire à Rome ou à Florence. Certains esprits chipoteurs iront jusqu'à affirmer que c'est d'un véritable plagiat qu'il s'agit... Peu importe : pour nos yeux qui aiment voir du beau, ce petit côté méridional donne une touche chaleureuse à la ville. 


Munich néoclassique
Et puis, plus loin, c'est la Grèce. Au XIX ème siècle, on redécouvre l'Antiquité et on se dit que, niveau constructions, ils n'étaient pas si mauvais que cela, nos ancêtres. Alors, partout en Europe on se met à refaire des colonnes de partout, à construire des répliques du Parthénon et à avoir des idées de grandeur. Munich n'échappe pas à la règle. On peut voir le résultat dans le quartier des musées avec notamment la Glyptothèque. Ce qui est marrant, c'est que par la suite ce sont des architectes européens influencés par l'Antiquité grecque qui vont aller concevoir et construire des édifices à Athènes au XIXème. Une sorte de retour à l'envoyeur ! 

Munich et le nazisme 
Le truc moins drôle, c'est que la magnifique Königsplatz, de par sa grandeur justement, a souvent été le lieu privilégié des rassemblements nazis orchestrés par Hitler. Ou comment s'appuyer sur les civilisations passées et les détourner pour asseoir un projet abject. Aujourd'hui, la ville se tourne vers son passé pour l'exorciser. C'est ce qu'on doit dire à nos enfants, toujours : l'Histoire, il faut la connaître, c'est important, pour ne surtout pas refaire les mêmes erreurs. En 2015 a été inauguré dans ce but le Centre de Documentation du nazisme. Outre le fait que l'idée est exemplaire et essentielle, le bâtiment, ce cube tout blanc, est très audacieux (bon, ben, j'ai pas fait de photo, désolée). Pas très loin de là se trouve une place dédiée aux victimes du nazisme, sur laquelle une flamme brûle éternellement, comme celle de la mémoire qu'on devrait toujours avoir avivée. D'autres constructions pourtant très modernes sont elle aussi liées au nazisme : les bureaux de la multinationale Siemens et le siège monumental de BMW, firmes dont on sait qu'elles ont exploité des travailleurs forcés durant la seconde guerre mondiale. Les usines étaient même implantées tout près des camps de concentration dans le cas de Siemens. Le travail de mémoire, même s'il a été long, tardif et qu'il reste incomplet, a cependant débuté et a été motivé par la publication d'ouvrages accusateurs sur le lien des riches familles d'industriels avec le régime fasciste. Aujourd'hui, les temps ont changé et, grâce aux enseignements tirés du passé, il faut plus que jamais aller de l'avant. 

Munich princière
Avant tout ça, pendant quatre siècles, Munich a abrité les souverains de Bavière. Et ce qui était d'abord une citadelle a été transformé au fil des siècles en sublimissime palais. Un genre de Versailles en plein centre-ville : la Residenz. La visite de toutes les salles prend une bonne partie de la journée. On passe de chambre en chambre, on admire les lustres, les tapisseries, les meubles, les plafonds, les peintures, on n'a pas assez de nos deux yeux pour tout voir. Évidemment, la seconde guerre mondiale est passée par là, détruisant une bonne partie des bâtiments avec les bombardements, mais dès 1945 ce joyau architectural a été peu à peu restauré. L'église est peut-être le clou du spectacle : tout en briques et dénudée, on ne s'attend pas du tout à ce genre d'architecture dans un palais qui brille de mille feux baroques. Il paraît que le roi avait été très impressionné par les chapelles byzantines du XIIème siècle, ce qui expliquerait son choix. En tout cas, le tout nous a complètement envoûtés. 




Munich unique
Et puis il y a Marienplatz. Vous savez, ces villes ou villages miniatures recréés pour les besoin des décorations de Noël ? Eh bien Marienplatz, c'est ça. Un enchantement, un régal, un conte de fée devenu réalité. Au menu : une église, une colonne, des beffrois, des tours, des façades, de quoi en avoir le tournis. Endroit très fréquenté par les touristes, mais également par les munichois, on s'y rassemble au choix pour écouter le carillon ou pour célébrer les victoires de championnat d'Allemagne du Bayern. Toutes les lignes de métro y passent. En fait, c'est The place to be à Munich.


Vidéo maestro !