vendredi 17 novembre 2017

Le (dernier ?) des Mohicans

Grande fresque. Grande fresque misogyne et raciste, mais grande fresque quand même. Tirée d'une histoire vraie. Je suis allée ouvrir ce livre parce que je l'ai récupéré dans l'édition Folio Junior et, en bon cobaye, je voulais tester si cette lecture était vraiment "junior". Alors pour des enfants de 10 ans, je vous le dis tout de suite, c'est non ! Beaucoup de sang, de batailles, de massacres et de scalps, des tournures de phrases ampoulées et une situation géopolitique tellement complexe qu'elle en devient totalement floue. En revanche, le roman est à garder, pour plus tard, pour le relire quand on a grandi, voire quand on est adulte et qu'on s'intéresse à l'histoire de l'Amérique et aux différents points de vue qui nous sont offerts. Ici, le point de vue est clair : européo-centriste et basé sur le postulat de départ selon lequel le blanc est supérieur à toutes les autres "races". Donc raciste.

Resituons. L'histoire se passe en 1757, au moment où les Français et les Anglais se disputent des territoires situés sur ce qui est aujourd'hui la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Chaque camp a cherché à faire alliance avec différentes tribus indiennes, semant une zizanie sans pareil entre elles et les montant les unes contre les autres. Diviser pour mieux régner. Au terme du roman, on a une idée assez claire du rôle des blancs dans l'implosion des sociétés indigènes. Chose à garder en mémoire, c'est la date de publication du libre de Fenimore Cooper : 1828. Finalement, nous ne sommes historiquement pas si éloignés que cela des événements relatés. Les blessures sont encore profondes. Quand on sait que les revendications indigènes contemporaines aux Etats-Unis sont encore réprimées, on comprend mieux qu'au début du XIXème les mentalités en soient encore là. Les indiens sont dépeints comme des barbares, assoiffés de sang, incontrôlables, pas vraiment fiables et pour la plupart incapables d'aligner plus de deux phrases, "Ugh !" étant l'essentiel de leur vocabulaire. J'exagère. Pour certains, au contraire, ce qui sort de leur bouche est digne des enseignements obscurs d'un mystique religieux incompris. Grotesque. Ajoutez à cela une propension au prosélytisme chrétien et vous obtenez une jolie fresque bien orientée. Les femmes (blanches, les squaws n'existent même pas et leurs enfants sont comparés à des animaux, encore moins intéressants que le petit peuple des castors) en prennent aussi pour leur grade. Les deux héroïnes sont les filles du Colonel Monro (qui a vraiment existé) et elles se mettent en tête de rejoindre leur père dans le Fort William Henry, surveillé de près par les Français de Montcalm (autre personnage historique). Les pauvres filles sont comparées à des enfants sans défenses, empêtrées dans leurs robes et leurs foulards, pleurnichant sans cesse, incapables de marcher avec leurs petits pieds délicats dans leurs petites chaussures (le fait est que ça ne devait pas être une tenue très adaptée), s'évanouissant pour un rien et poussant des cris de stupeur et des gémissements lamentables. Pauvres chéries ! Pourtant, si on repense à l'époque et au contexte, on se dit que les femmes devaient être élevées comme cela, dans la soumission au mâle et dans l'ignorance complète de leurs droits et de leurs capacités. Bref. 
Ce qui nous réconcilie un peu avec l'auteur, c'est que, si les Hurons s'en prennent une pleine tête, les deux Mohicans qui accompagnent nos jeunes écervelées dans la seconde partie du voyage et jusqu'à la fin du roman sont dits appartenir à un peuple supérieur par ses traditions, ses qualités guerrières et son intelligence. D'autre part, le chasseur qui les accompagne, bien qu'il affirme jusqu'à plus soif qu'il est un blanc "de sang pur", a intériorisé toutes les qualités des indiens : vision, oreille, instinct, stratégie, respect de la nature. Un personnage entre les deux mondes, ça soulage. Et puis, presque de l'amour. Entre Uncas, le soit-disant "dernier des Mohicans" et Cora, l'une des filles de Monro (bon, d'accord, elle est issue d'un mariage avec une quarteronne, donc elle est presque noire, donc déjà un peu inférieure). Mon côté romantique y a cru un instant, accompagné par les sous-entendus livrés par l'auteur. Et puis finalement non. 
Ce que les lecteurs critiquent, ce sont les longueurs, les dialogues artificiels, une action qui se traîne. Pas faux. Personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Sociologiquement, c'était intéressant. Pour le traitement du "sauvage", pour la place de la femme, pour la prise de position blanche, parce qu'on entrevoit quand même un peu de réalité. Mais au fait, le Mohican du roman, c'était le dernier ? Alors non, pas du tout ! Je m'en suis rendu compte en regardant un super reportage sur Arte consacré aux racines amérindiennes du rock et au cours duquel des musiciens issus des minorités ethniques opprimées interviennent. A côté de leurs noms était indiquée leur origine et, parmi celles-ci, j'ai pu lire "Machin Bidule, guitariste, mohican". Du coup, ni une ni deux, enquête. En vérité, les Mohicans n'ont pas tous été exterminés. Comme tous les autres peuples, ils ont été déplacés, déportés selon les besoins et les caprices des blancs venus usurper leurs terres, puis parqués dans des réserves qui avaient tout de camps de concentration. Une autre forme d'extermination. A l'heure actuelle, bien que les lois se soient en théorie assouplies, les indigènes n'ont toujours pas les mêmes droits que les blancs sur des terres qui pourtant, faut-il encore le rappeler (il le faut), leur appartiennent. Alcoolisme, viol, suicide, meurtres et, malgré cette situation apocalyptique, l'espoir de voir ces peuples refaire surface, réaffirmer leurs traditions et nous les enseigner à nous, pauvres blancs matérialistes et ignorants. 

mercredi 15 novembre 2017

Tous touristes : l'idiot du voyage réhabilité

Jean Didier Urbain, L'idiot du voyage, 1993. 
Que ceux qui se disent voyageurs et méprisent le "touriste" ouvrent grand leurs yeux : les mecs, on est tous touristes ! Alors oui, à une époque, j'ai moi aussi craché au visage des sacs-à-dos-guide-du-Routard. Moi aussi, j'ai voulu péter plus haut que mon séant en affirmant à qui voulait bien l'entendre que je n'étais pas de ceux-là, que j'appartenais à la race supérieure des voyageurs. Sans doute avais-je abusé de la lecture des anciens qui véhiculaient une image un peu snob et élitiste du voyage et avais-je adhéré en bloc à cette philosophie discriminatoire et méprisante envers ceux que Jean Didier Urbain appellent les "idiots". Cependant, sous la plume de l'anthropologue, ce vocable n'a rien de péjoratif puisqu'il se réfère au sens grec d' "ignorant", celui qui ignore et qui, par conséquent, part à la découverte du monde. Peu importe la modalité, donc, dès que nous franchissons le seuil de notre porte, nous sommes des touristes. Dans l'esprit de ceux qui se prennent encore pour des voyageurs, il y a cette idée ancienne selon laquelle celui qui voyage découvre, observe les lieux dans lesquels il arrive comme au premier matin du monde. Or, de nos jours, il ne reste que très peu de blancs inexplorés sur les cartes et, inévitablement et grâce aux réseaux de communication pourtant si récriés, quelqu'un est déjà passé par là avant eux. Ce statut de privilégié tend donc à se déliter, voire à être totalement obsolète. D'autre part, ceux qui assimilent le touriste à ce type inculte et profanateur de sites, le nez rivé à son guide et suivant à la trace les circuits préconçus pour ses beaux yeux font plusieurs erreurs de jugement. La première, c'est que les guides "touristiques" existent depuis la Renaissance et que le fait de suivre un parcours pré-indiqué n'est pas vraiment une nouveauté. La seconde, c'est qu'aujourd'hui le tourisme est un fait social, mais que le touriste est différent du tourisme. Pour chaque touriste, il existe un mode de déplacement, un comportement et un mode de pensée uniques, ce qui fait que la variété des types de tourisme est infinie. Ce qui est très amusant, en plus, c'est que les fameux back-pakers qui inondent le web de leur autosatisfaction de pseudo découvreurs du monde, suivent eux aussi des routes fréquentées. Ils méprisent le tourisme de masse mais racontent tous la même visite dans la même ville, le même trajet, le même musée, la même forêt, la même spécialité gastronomique. Touristes, puisque je vous le dis ! Ces routards ne le savent pas, mais ils sont hypocritement enfoncés jusqu'au cou dans le fait touristique, puisque leurs récits soi-disant éclairés et humanistes sont autant de lieux qu'ils inscrivent dans le circuit : il n'y a pas plus idiot que le fameux "je vais vous révéler l'existence d'un endroit encore secret de la planète" lu par des millions d'internautes ! 

En fait, le principal problème demeure cette image péjorative du touriste qu'a créé la littérature de voyage, il y a quasiment deux siècles de cela et à cause de laquelle on s'en défend, on le rejette, on en a honte : on ne veut surtout pas être touriste. Et c'est là que Jean Didier Urbain est très fort : non seulement il nous explique qu'il est impossible de discriminer voyageur et touriste tellement les pratiques sont variées, mais, si on avait encore un doute, il réhabilite le touriste avec des arguments magistraux. Figurez-vous que le tourisme est un échange de signes identitaires. Figurez-vous qu'au lieu de dénaturer des cultures et de semer partout où il sévit une acculturation tueuse de civilisations, il pousse les contrées visitées à opérer une réaffirmation de leur identité qui a de quoi réjouir. Il s'agit, je cite, d'un "système d'itinéraires et de destinations à travers lequel les cultures récapitulent, expriment, échangent et valorisent les signes emblématiques de leur identité et de leurs différences". Si ça ne vous en bouche pas un coin, ça ! 
Au terme de cette lecture passionnante (dont je ne vous livre qu'un échantillon tellement elle est dense), je me dis qu'en me considérant "voyageuse", j'étais totalement arriérée. J'essayais de me coller dans un moule qui a explosé depuis longtemps et qu'en plus, j'étais prétentieuse :
- les espaces que je parcours ne m'appartiennent pas (d'autres y sont venus avant moi et d'autres y viendront après)
- je ne les ai pas découverts (j'ai cessé de me prendre pour Christophe Colomb et suis devenue plus humble, je vous le jure)
- ma vision des lieux que je visite n'est pas une Bible du voyage (c'est la multiplicité des points de vue qui fait le lieu et c'est ça qui est intéressant. Les concepts de vrai ou faux sont pure foutaise)
- Je suis étrangère hors de chez moi et ce n'est pas grave (j'ai beau parler la langue et essayer de m'adapter aux coutumes locales, j'ai beau mettre des tissus andins sur mon canapé et manger des pâtes au pesto, je reste étrangère à ces cultures et ce n'est pas grave : en revanche, ce qui est génial, c'est de prendre conscience de cela et de goûter à la saveur inestimable de l'échange). 
Au fond, la question n'est pas de savoir si nous sommes un tas de gras trop bronzé étalé sur une serviette sur une plage de la Costa Brava, ou bien un trekkeur solitaire sac à dos chaussures de rando dans une plaine de l'Afghanistan. La question n'est pas de savoir ce qui est bien ou mal, ce qui est juste ou faux, ce qui est tourisme et ce qui est voyage, puisque l'un et l'autre fond partie d'un même fait social : le tourisme. La question réside dans le choix et dans ce qui fait notre identité profonde : trouver le mode de voyage qui nous correspond le plus, adapter notre manière de voyager à notre personnalité et, surtout, aller à la rencontre de l'Autre. 

dimanche 12 novembre 2017

Les 1001 visages de Munich

Quand on se trouve dans une ville avec plus de 8 siècles d'histoire, l'architecture prend forcément une importance capitale. A Munich, la tendance est exacerbée puisqu'on peut suivre différents parcours architecturaux, suivant les époques et les courants artistiques qui ont influencé sa construction. 
Munich italienne
Impossible de ne pas remarquer l'omniprésence de l'architecture Renaissance, de l'influence italienne dans les rues de la ville. Que ce soit avec les édifices religieux ou les bâtiments privés, les arcades, les couleurs, le style, tout nous ramène à l'Italie. Tant et si bien que, si le froid ne nous rappelait pas à l'ordre, on pourrait se croire à Rome ou à Florence. Certains esprits chipoteurs iront jusqu'à affirmer que c'est d'un véritable plagiat qu'il s'agit... Peu importe : pour nos yeux qui aiment voir du beau, ce petit côté méridional donne une touche chaleureuse à la ville. 


Munich néoclassique
Et puis, plus loin, c'est la Grèce. Au XIX ème siècle, on redécouvre l'Antiquité et on se dit que, niveau constructions, ils n'étaient pas si mauvais que cela, nos ancêtres. Alors, partout en Europe on se met à refaire des colonnes de partout, à construire des répliques du Parthénon et à avoir des idées de grandeur. Munich n'échappe pas à la règle. On peut voir le résultat dans le quartier des musées avec notamment la Glyptothèque. Ce qui est marrant, c'est que par la suite ce sont des architectes européens influencés par l'Antiquité grecque qui vont aller concevoir et construire des édifices à Athènes au XIXème. Une sorte de retour à l'envoyeur ! 

Munich et le nazisme 
Le truc moins drôle, c'est que la magnifique Königsplatz, de par sa grandeur justement, a souvent été le lieu privilégié des rassemblements nazis orchestrés par Hitler. Ou comment s'appuyer sur les civilisations passées et les détourner pour asseoir un projet abject. Aujourd'hui, la ville se tourne vers son passé pour l'exorciser. C'est ce qu'on doit dire à nos enfants, toujours : l'Histoire, il faut la connaître, c'est important, pour ne surtout pas refaire les mêmes erreurs. En 2015 a été inauguré dans ce but le Centre de Documentation du nazisme. Outre le fait que l'idée est exemplaire et essentielle, le bâtiment, ce cube tout blanc, est très audacieux (bon, ben, j'ai pas fait de photo, désolée). Pas très loin de là se trouve une place dédiée aux victimes du nazisme, sur laquelle une flamme brûle éternellement, comme celle de la mémoire qu'on devrait toujours avoir avivée. D'autres constructions pourtant très modernes sont elle aussi liées au nazisme : les bureaux de la multinationale Siemens et le siège monumental de BMW, firmes dont on sait qu'elles ont exploité des travailleurs forcés durant la seconde guerre mondiale. Les usines étaient même implantées tout près des camps de concentration dans le cas de Siemens. Le travail de mémoire, même s'il a été long, tardif et qu'il reste incomplet, a cependant débuté et a été motivé par la publication d'ouvrages accusateurs sur le lien des riches familles d'industriels avec le régime fasciste. Aujourd'hui, les temps ont changé et, grâce aux enseignements tirés du passé, il faut plus que jamais aller de l'avant. 

Munich princière
Avant tout ça, pendant quatre siècles, Munich a abrité les souverains de Bavière. Et ce qui était d'abord une citadelle a été transformé au fil des siècles en sublimissime palais. Un genre de Versailles en plein centre-ville : la Residenz. La visite de toutes les salles prend une bonne partie de la journée. On passe de chambre en chambre, on admire les lustres, les tapisseries, les meubles, les plafonds, les peintures, on n'a pas assez de nos deux yeux pour tout voir. Évidemment, la seconde guerre mondiale est passée par là, détruisant une bonne partie des bâtiments avec les bombardements, mais dès 1945 ce joyau architectural a été peu à peu restauré. L'église est peut-être le clou du spectacle : tout en briques et dénudée, on ne s'attend pas du tout à ce genre d'architecture dans un palais qui brille de mille feux baroques. Il paraît que le roi avait été très impressionné par les chapelles byzantines du XIIème siècle, ce qui expliquerait son choix. En tout cas, le tout nous a complètement envoûtés. 




Munich unique
Et puis il y a Marienplatz. Vous savez, ces villes ou villages miniatures recréés pour les besoin des décorations de Noël ? Eh bien Marienplatz, c'est ça. Un enchantement, un régal, un conte de fée devenu réalité. Au menu : une église, une colonne, des beffrois, des tours, des façades, de quoi en avoir le tournis. Endroit très fréquenté par les touristes, mais également par les munichois, on s'y rassemble au choix pour écouter le carillon ou pour célébrer les victoires de championnat d'Allemagne du Bayern. Toutes les lignes de métro y passent. En fait, c'est The place to be à Munich.


Vidéo maestro ! 

dimanche 5 novembre 2017

Carpe Diem à la munichoise : bien vivre et bien manger

On pensait la douceur de vivre réservée aux villes du sud, ensoleillées, méditerranéennes et pourtant cette caractéristique convient complètement à Munich. La sensation de calme qui règne dans la ville doit beaucoup à sa construction et à son fonctionnement : les larges avenues aérées qui donnent une impression de fluidité à la circulation, laquelle, d'ailleurs, se fait sans aucun coup de klaxon ; des transports en commun qui fonctionnent (le tram, silencieux, électrique et le métro très beau comparé à notre vieux métro parisien) ; l'utilisation plus que courue du vélo : au nombre de ceux qui sont garés dans les cours d'immeubles ou sur les trottoirs, on comprend que c'est un moyen de transport essentiel pour les habitants. La douceur de vivre est sans doute aussi beaucoup due au calme des munichois eux-mêmes et à leur conformisme : personne n'aurait l'idée de traverser la rue lorsque le feu piéton est rouge, par exemple. Personne non plus n'empièterait sur les pistes cyclables pour faire sa petite balade. Dans la vieille ville, il n'y a même plus de passages piétons en tant que tels : voitures, cyclistes et personnes à pied se déplacent en toute intelligence. On a l'impression que je donne une vision idéalisée de la ville mais c'est la réalité ! On a déjà évoqué le respect et la courtoisie en ce qui concerne le sport, cela est également le cas dans les métros puisqu'aucune barrière, aucun tourniquet de vient faire obstacle à ceux qui ne possèderaient pas de ticket. Les composteurs sont à l'entrée et on estime que les passagers sont assez intelligents pour composter leurs titres de transport sans qu'on les flique. Tout cela donne une ambiance assez particulière et fort agréable. On est loin de l'agressivité au volant des parisiens, des klaxons et de la tension inhérente à tout passage dans la capitale française. Allez, toutes les villes de l'hexagone ne sont pas Paris : peut-être que toutes les villes allemandes ne sont pas aussi idylliques que Munich... (un jour on mènera l'enquête, c'est promis !)  


Certains endroits sont idéals pour prendre la température de Munich, pour saisir son caractère : on pense au Viktualienmarket. Ce marché aux multiples stands a lieu tous les jours de la semaine, mais le samedi c'est la grande animation. On y vient en famille et... en costume traditionnel pour les hommes : pantalon de velours et grandes chaussettes, gilet et veste brodés de motifs montagnards et chapeau bavarois. Ici, s'habiller en costume n'appartient pas un genre de folklore destiné aux touristes, c'est un art de vivre, une fierté, une marque culturelle essentielle et c'est classe. Mais revenons au marché : on y trouve de tout et on peut goûter à tout. Une très bonne première approche de la gastronomie bavaroise. Car la gastronomie va de pair avec ce genre de lieux conviviaux, comme le sont également les Biergärten. Une véritable institution que ces "jardins" dédiés à la bière, cette boisson incontournable à Munich. Durant toute la belle saison, on s'installe là aussi en famille ou entre amis pour pique niquer et... s'abreuver de bière. Le Biergarten le plus célèbre est peut-être celui qui s'étend aux pieds de la Tour Chinoise, dans l'Englischer Garten : 7000 personnes peuvent s'asseoir sur les bancs verts, on imagine l'ambiance ! En ville, les brasseries ont aussi leurs Biergärten. En fait, à Munich, on prend le temps de vivre et on croque la vie à belles dents !



Mais alors, qu'est-ce qu'on mange à Munich ? Je m'attendais à manger gras et lourd, j'ai complètement changé d'avis sur le sujet. Évidemment, on est loin du régime crétois, mais les plats, même s'ils sont riches, ne sont pas gras ni écœurants. Ils sont assaisonnés et équilibrés juste ce qu'il faut. Une vraie découverte. Au palmarès des saveurs qui m'ont séduite : la moutarde, aromatisée et que l'on mange avec gourmandise, tout comme la petite sauce sucrée aux airelles qui s'accorde à merveille avec le célèbre Schnitzel, cette escalope de veau panée comme je n'en ai jamais mangé ailleurs. Évidemment, les saucisses et la choucroute ont un goût incomparable, je ne m'en suis toujours pas remise ! Côté sucré, j'ai quand même goûté à deux ou trois trucs, histoire de ne pas mourir idiote et surtout parce que la devanture bleue des boulangeries Rischart me faisait des clins d'oeil : en numéro un de mon palmarès des délices sucrés, le Kirsch - Royal, cette sorte de chausson tout rond (et énorme) à la pâte feuilletée glacée de sucre et garni de crème et de cerises confites, je ne vous dis que ça... Bien évidemment, il faut goûter le fameux bretzel (qu'on consomme à la mi-temps des matchs de foot au même titre que les frites !) saupoudré de gros sel. Et puis, ce qui est étonnant, c'est l'importance donnée au Frühstück, le petit déjeuner qui se rapproche plus d'un brunch complet après lequel on peut facilement se passer de manger le reste de la journée... Enfin, moi qui ne suis pas une fan de bière, j'ai apprécié la légèreté et la douceur des bières allemandes (soit dit en passant, moins de 50 cl, c'est pour les mauviettes). 


Des adresses peut-être ? Outre la boulangerie déjà évoquée, nous avons déjeuné au magique Café Luitpold, dans sa salle ultra chic avec sa grande verrière. C'est le luxe à portée de portefeuille puisque nous n'en revenons toujours pas d'avoir si bien mangé et payé si peu cher pour un repas pris dans un restaurant qui apparaît en bonne place au Guide Michelin. A Munich, la nourriture n'est pas chère du tout, contrairement aux idées reçues selon lesquels tout est hors de prix en Allemagne. Nous avons pu le vérifier à maintes reprises (oui, nous avons souvent mangé...). Nous avons aussi adoré revenir plusieurs fois nous installer à une table de la brasserie Augustiner, la plus ancienne de la ville. C'est là que nous avons succombé devant ces fameuses saucisses et cette incroyable choucroute, et ce à plusieurs reprises... 
Munich, ville par excellence du Carpe Diem, a un sacré goût de reviens-y !

samedi 4 novembre 2017

Munich ville de sport

Quoi de mieux pour cerner la mentalité d'un peuple que de se fondre dans la masse et d'observer sa relation au sport. L'Allemagne est réputée pour dominer de nombreuses disciplines, en particulier le football, mais c'est par son passé olympique que nous commençons notre cheminement.
Le Parc Olympique
Il a été édifié à l'occasion des jeux olympiques d'été de 1972, voulus pour faire oublier ceux de 1936 présidés par Hitler, mais à leur tour tristement célèbres à cause de la prise d'otage d'athlètes israéliens par un groupe palestinien. C'est la première fois que le terrorisme arrive sur la scène médiatique et cela donne lieu par la suite à des manifestations racistes anti musulmanes de la part du public. Même si nous sommes touristes aujourd'hui, nous sommes avant tout amateurs de sport quand celui-ci rassemble les hommes. Alors, on se souvient de tout ça au milieu du parc Olympique.
Pour en revenir au côté pratique, on imagine aisément que, pour l'époque, le site devait être ce qui se faisait de plus innovant. Encore aujourd'hui, il garde une dimension grandiose et son architecture demeure impressionnante et ambitieuse. D'ailleurs, ce n'est qu'il y a peu, en 2005, que la célèbre équipe de football du Bayern Munchen a délaissé la pelouse olympique pour l'Allianz Arena dont nous reparlerons juste après. Quant au village olympique, s'il fait surtout penser à une enfilade d'immeubles touristiques comme on peut en voir sur les côtes méditerranéennes, mais en 1972 c'était le top de la modernité. A l'heure actuelle, le stade se visite pour quelques euros seulement, on peut faire le tour du charmant plan d'eau peuplé de canards et grimper dans l'immense tour de télévision bâtie pour les JO. On monte à 280 m de hauteur environ grâce à des ascenseurs qui donnent le frisson et, de là, on a un panorama à 360° sur Munich et ses alentours (et même les Alpes par temps clair... mais là, il faisait très très gris...)



Le football
Que je ne vous cache rien : je suis fan de foot et le Bayern Munchen est mon équipe préférée depuis que j'ai 10 ans environ. Jamais je n'aurais cru un jour pouvoir assister en Allemagne à l'un de leurs matchs. Je me souviens de les avoir regardés à la télévision comme quelque chose de mythique, d'inaccessible. Alors, d'avoir en main mon billet pour ce fameux match que j'espérais depuis... longtemps (je tairai mon âge), c'était déjà un frisson total. Je vous passe l'arrivée devant le stade, les deux heures et quelques d'attente pour entrer dans les premiers, les selfies dans les tribunes, les exclamations en voyant les stars du ballon rond à l'échauffement. Si vous n'êtes pas amateurs de sport, ceci ne vous parle peut-être pas. Ce que je peux vous raconter, en revanche, ce sont les Allemands, parce qu'ils diffèrent en certains points d'autres spectateurs avec qui nous avons déjà partagé des rencontres sportives. 
Premièrement, le confort est primordial : beaucoup de personnes viennent assister au match munis de leurs petits coussins à l'effigie du club, histoire de se sentir un peu comme à la maison. Le savoir vivre, ensuite : quand on renverse son verre de coca dans les tribunes, on essuie ; et à la fin du match, celles-ci étaient beaucoup plus propres que dans d'autres villes que nous ne citerons pas. Le calme, enfin : pas de récriminations contre l'arbitre (mis à part mon voisin de droite, mais que les autres regardaient d'un air assez surpris), pas d'invectives rageuses envers les joueurs, pas de centaines d'entraîneurs qui pensent faire mieux que le coach officiel. Les gens regardent juste le match et ça, c'est très rare. A la sortie, pas de bousculade pour reprendre le métro. La foule est extrêmement dense mais personne ne pousse, personne ne se plaint. On attend simplement que ça passe. Et c'est cool. Peut-on en tirer des conclusions sur les Allemands en général ou est-ce simplement le fait des munichois ? Difficile à dire. Ce n'est que la photographie d'un instant, le récit de notre immersion dans le football bavarois. Ce qui est commun à tous les clubs d'outre Rhin, c'est le fait que chacun possède son répertoire propre de chansons de supporters et Munich ne fait pas exception. C'est une vraie institution en Allemagne que la composition de titres dédiés à l'encouragement de son équipe favorite. Et quand tout le stade chante ça, je vous jure, il n'y a que le sport pour faire vivre des moments pareils !  



Le hockey sur glace
Pour ne rien vous cacher, en arrivant à la patinoire, on s'est dit ok (petit jeu de mots...), les supporters de foot sont peut-être tranquilles mais là, on tient nos énervés. Ce qui donne cette impression, c'est que tandis que dans les stades les clubs de supporters sont concentrés dans une seule zone, c'est dans la patinoire toute entière qu'ils se répartissent. Le lieu est plus petit et l'effet chaudron d'autant plus impressionnant. Entourés de solides gaillards et de dames non moins motivées, tous armés de leur large maillot conçu pour abriter les protections des hockeyeurs, on n'était pas fier ! Heureusement, nous supportions le club local, le Red Bull München. Et puis, soudain, on s'est souvenu qu'on était en Allemagne : un coup de coude malencontreux du voisin lors d'une action ratée, un mot d'excuse accompagné d'un sourire et un bras chaleureux qui entoure l'épaule : définitivement, l'ambiance était toujours à la bonhomie. Côté spectacle, rien à envier au foot : les Allemands ont un joli budget, il faut dire. Effets de lumières, projections vidéos sur la glace et feux de bengale géants à l'entrée des joueurs, rien n'est trop beau pour honorer et encourager les sportifs ! En tout cas, l'ambiance était totalement folle et ce match un super moment en compagnie de gens survoltés... et gentils à la fois ! 



mercredi 1 novembre 2017

Munich ville verte

Munich est une ville verte. Non pas qu'elle soit activement écologiste, du moins n'avons nous pas eu l'occasion d'enquêter sur le sujet. Mais c'est une ville poumon, dans laquelle les parcs et jardins prennent une place prépondérante. La superficie de Munich est triple par rapport à celle de Paris, ce qui en dit long sur l'espace créé à l'intérieur de la métropole : grandes et larges avenues, places et évidemment parcs. A Munich, on ne se marche pas sur les pieds. Ce qui fait que le nombre de logements est totalement insuffisant et que les habitants doivent s'éloigner de plus en plus du centre ville pour se loger, mais c'est une autre histoire. En revanche et indéniablement, le point positif est cette omniprésence de la nature, de l'eau, que dis-je !, de la forêt ! Extraits de chlorophylle : 
Englisher Garten
Une fois n'est pas coutume, nous commençons par le clou du spectacle avec le Jardin Anglais, le plus vaste de la ville. Imaginez : 4 km² de grands arbres, de collines, de rivière, d'ambiance bucolique, le tout plus grand que Hyde Park à New York ! Au XVIIIème siècle, on ne plaisante pas avec le jardin. L'été, les pelouses sont investies par les munichois (on comprend pourquoi ces gens sont si zen !) et même par les nudistes. Ici, pas de tabou, on est juste cool. Les surfeurs s'en donnent à cœur joie sur la vague artificielle de la rivière et les soifs s'étanchent dans les Biergärten, notamment autour de la Tour Chinoise (on en reparlera). Au nord, c'est carrément la mer : Kleinhesseloher See avec ses cygnes et ses oies. Du point le plus haut du Englischer Garten, c'est-à-dire du Monopteros, ce simili temple grec coloré et élégant, on a une vue imprenable sur une grande partie du parc et sur la ville qui semble bien loin. Autant vous dire qu'on serait bien resté là pendant des heures, qu'on a marché pendant un certain temps et que le Jardin Anglais - qui plus est à l'automne avec des couleurs dorées et cuivrées à faire pâlir de jalousie les meilleurs peintres - nous a complètement envoûtés.




Alter Botanisher Garten 
Non loin du Palais de Justice, en face, en fait, se trouve l'Alter Botanischer Garden. Bien évidemment, il est de taille beaucoup plus modeste, mais il reste agréable pour se poser ou se promener avec les enfants, avec ses jolies allées, son bassin surmonté d'une sculpture monumentale et sa porte façon arche antique. En revanche, le soir, la fréquentation change de tonalité et on y croise des gens pas forcément aussi bien-sous-tout-rapport qu'en journée. Mais qu'importe, c'est une belle manière de se rendre dans la vieille ville sans passer par l'avenue. 
Le Hofgarten
La jardin royal par excellence, qui fait partie du Residenz, le palais des princes-électeurs de Bavière dont nous reparlerons également dans un autre article. De belles allées, un temple de Diane au centre et, au fond, le siège du gouvernement de Bavière, dont on se dit que les membres doivent aimer à regarder par les fenêtres du bâtiment où ils logent lors des réunions ennuyeuses. 
Les rives de l'Isar
Dans toute superbe ville qui se respecte, il y a un fleuve. A Munich, c'est l'Isar, un affluent du Danube qui prend sa source dans les montagnes autrichiennes. Ses berges sont aménagées pour qu'on puisse y marcher ou y faire son footing, sur des passerelles qui longent le cours de ce fleuve pas si tranquille que cela, puisqu'il arrive qu'il soit en crue et provoque de grosses inondations. Malgré la pluie et le vent, le fleuve était relativement calme le jour où nous l'avons rencontré, et la fraîcheur nous a permis de vraiment apprécier l'effet revigorant de la marche en ville...en pleine nature. 



mardi 17 octobre 2017

Géopolitique du moustique

Erik Orsenna, Dr Isabelle de Saint Aubain, Géopolitique du moustique, 2017.
Erik Orsenna pourrait bien écrire sur le plus insignifiant des sujets qu'on aurait plaisir à lire son livre. Après avoir entendu l'académicien présenter son nouvel ouvrage dans une émission de radio, on ne pouvait faire autrement que d'avoir l'eau à la bouche.

Le moustique, cette petite bestiole qui virevolte et, il faut le dire, pourrit nos soirées estivales, fait moins peur en France que dans les contrées exotico-tropicales... et pourtant... Pourtant, avec le réchauffement climatique, ces résidents piquants de notre planète migrent vers nous. Pourtant, la zone située entre Marseille et Perpignan a depuis toujours connu des épidémies de fièvres dues aux insectes. Alors, puisque nous sommes appelés à être voisins, autant bien se connaître. Tout au long de son enquête, Erik Orsenna fait l'étudiant et se rend au chevet des plus prestigieux chercheurs sur la question de la vie, de la nature et des moustiques. Tous ses interlocuteurs sont à la fois passionnants et inquiétants, car ils pointent du doigt le même fait : les moustiques sont extrêmement nombreux, ils résistent aux affreux virus qu'ils transportent, ils possèdent un pouvoir énorme de contamination, ils se reproduisent à une vitesse folle et savent s'adapter à n'importe quel milieu, il en existe une variété d'espèces impressionnante. A côté des moustiques, l'homme est parfaitement minable. Nous pourrions rester béats d'admiration devant ces petites bestioles...si nous ignorions quels dégâts ils causent à travers le monde. Dengue, paludisme, fièvre jaune, virus zika... ce collier de noms plus effrayants les uns que les autres ont de quoi dégoûter à jamais de vouloir bien considérer les moustiques. Pour certains d'entre eux, des vaccins existent, qui aident nos organismes à se défendre lors des attaques suivantes. Pour d'autres, en revanche, aucune solution n'a encore été trouvée. Une histoire de gène, de cellule, d'un je ne sais quoi de très technique qui manque à notre connaissance. Nous voilà alors entraînés dans une étude approfondie de ce que sont les bactéries et le petit monde des virus. On recherche en permanence des solutions. A une époque, ce fut le très nocif insecticide DDT qu'on pulvérisa allègrement sur les paysages et les populations, lesquelles en gardèrent des séquelles à vie. Depuis, on essaie de faire mieux, moins pire. Sans que ce soit terrible. La prévention reste encore le meilleur moyen de se prémunir contre les piqûres. Répulsifs, nettoyage des recoins propices à la croissance de larves, moustiquaires. Mais que faire lorsque l'ennemi est si nombreux et si persévérant ? La science essaie elle aussi de s'en mêler, en tentant le lâcher dans la nature de milliers de mâles inoffensifs qui pourraient anéantir petit à petit la fonction porteuse de virus de l'espèce ; ou encore en modifiant génétiquement des spécimens pour les rendre tout mignons. Mais qu'adviendrait-il alors ? Ne joue-t-on pas là aux apprentis sorciers ? Il n'en demeure pas moins de Zika fait encore des ravages, que des bébés sont atteints de microcéphalies et que les moustiques tigres, les bien nommés, sont à notre porte. Plus de Guyane ou de Cambodge qui tiennent, les Européens sont également concernés.
Un voyage étonnant à travers le vaste monde et son pendant microscopique, mené de main de maître par la plume vive et inégalable d'Erik Orsenna. 

mercredi 11 octobre 2017

Le tourisme, bénéfice ou catastrophe ?

Deux choses sont à l'origine de cet article. D'abord, le fait d'avoir traité avec mes élèves le sujet des paysages espagnols en tant que décor de cinéma et le côté moins idyllique de la péninsule : la destruction de ses espaces naturels au profit d'une urbanisation sauvage motivée par le tourisme. Ensuite, un reportage d'Arte sur Venise et le drame que vivent le peu d'habitants récalcitrants qui n'ont pas encore quitté la ville : l'afflux incontrôlé de touristes qui dérèglent complètement la vie locale. Il n'en fallait pas plus pour qu'on se pose la question suivante : alors, le tourisme, bénéfice ou catastrophe ? 
En Vendée...
Avec mes élèves, nous avons ensemble regardé un reportage d'Arte sur Mallorque, pour voir en images ce qui se joue dans cette île des Baléares très prisée par les visiteurs. On a pu voir que chacun y allait de son argument pour glorifier ou maudire le tourisme de masse. Une guide soutenait par exemple que les visiteurs du monde entier étaient les bienvenus et que, en temps de crise, c'était leur venue qui faisait tenir l'économie de Mallorque. Nous, on s'est surtout dit qu'elle tenait à son salaire... Et on a été beaucoup plus émus par les habitants qui se plaignaient de voir le prix de l'immobilier flamber, par cette association qui mesurait la pollution aux abords du port, pollution de l'air très importante et causée par les paquebots de croisière, géants des mers qui stationnent pendant plusieurs heures sans couper leurs moteurs, tout ça pour que des touristes peu soucieux d'approfondir le sujet fassent quelques photos et puis s'en aillent. Touchés, on l'a aussi été par ce vieux monsieur, artiste, qui collecte des bouteilles d'eau et autres détritus pour en faire des œuvres contemporaines et les exposer en plein centre-ville. Une manière de faire prendre conscience aux touristes ET aux mallorquins que le patrimoine naturel, ça se respecte. Le vieux monsieur, il disait que dans jeunesse, il longeait la côte en vélo et qu'il n'y avait aucune construction. Il disait qu'il était triste et ça nous a rendus tristes aussi.
A Egine, en Grèce...
Du coup, on est allés voir ça d'encore un peu plus près, et on s'est plongés dans les rapports de Greenpeace sur la destruction du littoral espagnol. Des images parlent plus que des chiffres, quoique : l'équivalent de 8 terrains de foot par jour de nature détruite pour construire des hôtels et appartements touristiques, on a bien visualisé. En photos, on a vu le rapport de 2013, le meilleur et le pire de la côte espagnole : les endroits les plus protégés, et les endroits les plus amochés. On a vu rouge. Alors, les jeunes se sont mis à écrire (tout ça en espagnol, bien évidemment) une loi de protection du littoral : interdictions, zones protégées, parcs naturels, amendes, bus électriques, associations de riverains, hôtels écologiques, films de sensibilisation... ils ont tout réinventé. 
Seule, j'ai visionné ce reportage Arte Regards (au passage, cette émission est excellente) sur Venise et j'ai revu le même drame : rues envahies, prix des logements inabordables, départs des jeunes vers d'autres villes, petits commerces fermés au profit de chaînes bon marché. Seulement, cette fois, on nous présentait une solution très intéressante : deux jeunes sans travail (parce qu'à Venise, quand on est biologiste et pas dans le tourisme, on ne trouve pas de travail) ont ensemble créé une association et un label. Le but ? Communiquer, informer les touristes sur les magasins qui sont tenus par de "vrais" artisans locaux, les inciter à s'intégrer à la vie locale en faisant par exemple des ateliers (on en voit un dans le reportage chez un souffleur de verre), manger chez les petits restaurateurs, etc, etc. Au fond, ce que disent les vénitiens, c'est que ce n'est pas vraiment la faute des touristes, mais plutôt la faute des autorités qui se sont laissées déborder par le flot, qui ont vu la manne financière et qui ont fermé les yeux sur les conséquences désastreuses que cela allait engendrer. 
A Malaga, en Espagne...
Cela nous amène inévitablement à nous remettre en question, nous et notre sac en dos, en tant que touristes.
("touriste", gros mot pour certains qui le considèrent péjoratif et se refusent catégoriquement à l'être, touriste, criant haut et fort à qui veut bien les entendre qu'ils sont des "voyageurs". N'ayant pas vu pour le moment de grosse différence mais seulement quelques hypocrites nuances, je règlerai leur compte dans un prochain article)
Sommes-nous, déjà, dans un premier temps, sensibles au fait que le logement dans lequel nous dormons sur la Costa del Sol a provoqué la destruction massive de cette même côte ? Sommes nous éduqués en ce qui concerne le respect des espaces naturels, la propreté ? Préférons-nous faire marcher le commerce local ou nous ruons-nous encore dans les magasins où domine le "made in China" ? Nous intégrons-nous un peu à la vie locale ou restons-nous sur les sentiers balisés par les guides ? 
Vraiment, après tout ce travail, toutes ces images et ces réflexions en groupe et en moi-même, je me dis que, définitivement, j'aurai du mal à ne pas réfléchir à deux fois avant de franchir la porte de tel ou tel endroit, et que je serai dorénavant plus attentive aux traces de mon passage dans les pays et les villes que je visite ... 
Un endroit protégé où je sais qu'il n'y aura jamais d'immeubles...

dimanche 8 octobre 2017

Che Guevara, héros ou bourreau : 50 ans après

Jacobo Manchover, La face cachée du Che, 2007.
Aujourd'hui plus que jamais, l'homme fait polémique. Depuis 1959 et pendant des décennies, le monde entier (ou presque) lui a envoyé des fleurs, a chanté ses louanges d'intellectuel libérateur de Cuba, de sauveur de la démocratie face à la dictature de l'horrible Batista. Lui, et Fidel Castro. Mais tandis que Castro est devenu à son tour un dirigeant, le Che est quant à lui parti sur les routes du monde pour diffuser son idée de la révolution, répandre son idéal de Viêt Nam en Europe, en Afrique et en Amérique Latine. C'est finalement en Bolivie qu'est mort celui que l'on considère encore de nos jours comme un héros. Son image galvaudée trône sur les tee-shirts et les casquettes de jeunes gens qui ne savent à peu près rien de Guevara. Besancenot lui a dédié un livre et des politiques, des intellectuels se revendiquent encore de ses idées. Des idées choisies, triées sur le volet, parmi des phrases, d'innombrables écrits et des comportements qui sont loin de faire l'unanimité. Le Che n'était pas l'idéaliste romantique et poète que l'imagerie castriste a bien voulu construire pour nos petits cœurs en manque de messies. Certains prisonniers qui ont eu affaire à lui, des proches qui l'ont suivi lors de ses différentes tentatives d'insurrections le décrivent même comme un véritable boucher.

Le livre ici évoqué se base pour beaucoup sur les écrits du Che : lettres, journaux, textes officiels ou retranscriptions d'interventions orales. Et, déjà, le romantisme est entaché d'une violence verbale, d'un farouche désir de combat, d'armes, de guerre et de sang, d'une froide cruauté qui mettent à mal le portrait idyllique jusqu'alors diffusé. Difficile d'accuser de mensonge un universitaire qui se dit lui-même un ancien fervent admirateur du Che. Justement, c'est en relisant le Che, en buvant ses paroles que Manchover a détecté la faille. Une énorme faille. Est-il vraiment médecin ? A-t-il réellement obtenu son diplôme ? La question reste presque secondaire face à sa cruauté qui fait régner la peur autour de lui et qui, elle, est bien réelle. Comment des intellectuels qui ont visité les célèbres geôles de La Cabaña et qui ont certainement compris ce qui s'y jouait - des exécutions sommaires et sans procès orchestrées par le Che -, comment Sartre et Beauvoir ont-ils pu se voiler la face à ce point ? Se sont-il saussi bouché les oreilles pour ne pas entendre l'apologie des exécutions que Guevara a pourtant faites au micro des Nations Unies, permettant ainsi une large diffusion à cette horrible idée ? Régine Deforges va plus loin, en n'étant pas le moins du monde choquée que l'on construise un "émouvant" musée dans cette horrible prison que fut La Cabaña. Comble de l'ironie, se sont les intellectuels français qui ont donné ses lettres de noblesse à la si belle légende du Che, à ce personnage qui les avait en horreur et qui avouait ne jamais lire de livres. 
La création de cette légende dorée a été en partie voulue par Fidel car, si le Che quitte Cuba, c'est que ses interventions sans filtre, son attachement douteux à la doctrine stalinienne et son caractère imprévisible gênent le pouvoir. En fait, Castro le coule littéralement en lisant dès le lendemain de son départ la lettre d'adieu de Guevara au peuple cubain, laquelle ne devait être dévoilée qu'après sa mort. De cette façon, le retour au bercail lui est interdit : il est condamné à errer sur les routes du monde tel un paria. L'Afrique est un fiasco. Le peuple se contrefout de ce pseudo sauveur venu de l'extérieur et qui ignore tout ou partie des clés de la situation. Il devient exécrable avec ses hommes : l'un d'entre eux, ayant eu un enfant avec une locale, sera forcé de l'épouser. Il finira par se suicider. Quant à la Bolivie, l'histoire est un peu similaire. Le Parti Communiste, tout comme celui de Cuba, ne le considère par comme un des siens. Les paysans ne comprennent absolument rien de ce que ces blancs viennent foutre là. Ils en ont peur. La CIA est à ses trousses. C'est la fin avant même le début. 
Demain, 9 octobre 2017, partout dans le monde seront célébrés les 50 ans de sa mort. Des milliers d'articles, de reportages et de commentaires vont fleurir sur le web, dans la presse, à la télévision. Certains lui rendront un hommage vibrant et larmoyant. D'autres, amères, rugiront en silence que leur vérité ne soit pas entendue. La polémique fera rage, encore une fois. Alors, qu'allons nous préférer encore cette année ? Le confort de l'image du héros sans taches qui nous rassure et nous motive à poursuivre nos quêtes ? Ou bien allons-nous enfin devenir adulte et voir les choses en face, cesser d'admirer ce qui ne mérite pas de l'être et chercher enfin des modèles à notre mesure, des faiseurs de paix et non des prêcheurs de haine ?